On apprend si l’on est motivé

Baptiste de lui-même se fabrique un cahier d’artistes pour se souvenir de ceux qu’il a découverts dans nos visites d musées récentes.
Motivation endogène !

On peut distinguer deux grands types de motivation : d’une part la motivation endogène, venant du plaisir même d’apprendre, de l’enthousiasme de la découverte et d’autre part la motivation exogène venant d’éléments extérieurs.  C’est bien évidemment cette motivation endogène qu’il faut en premier lieu tout faire pour susciter en éveillant la curiosité. Mais il est parfois utile de booster un peu cette motivation par d’autres éléments plus artificiels dont on donnera quelques exemples. Il est toutefois important de ne pas affaiblir la motivation intrinsèque à l’apprentissage en utilisant des motivations extérieures déconnectées comme : si tu as une bonne note tu auras un cadeau ou inversement si tu n’as pas une bonne note tu seras puni … L’enfant ne sait plus alors pourquoi il apprend, en tout cas plus pour le plaisir d’apprendre et de découvrir. 

Moments lecture instaurés en famille. La ritualisation, le fait de faire cette activité tous ensemble, le modèle des grands motive à se loger dans un livre

On est motivé d’apprendre si l’on s’émerveille, si l’on est curieux

Comme nous l’avons vu dans la partie « On apprend si notre curiosité est éveillée », l’étonnement initial, les émotions ressenties, l’enthousiasme, tout ce qui va titiller notre curiosité sont une source importante de motivation pour apprendre. 

A la suite d’activités réalisées en classe ( expériences pour montrer la présence de l’air) , Noé avait très envie de les faire à nouveau à la maison pour me les expliquer. Grande motivation !

On est motivé d’apprendre si c’est agréable

Pour Friedrich Froebel, la motivation découle de la satisfaction de jouer et d’apprendre. Nous sommes motivés si ce que nous faisons est agréable, si l’on y prend du plaisir. Ce n’est parfois pas le sujet en lui-même de l’apprentissage qui nous motive mais les moyens utilisés pour apprendre. Ainsi, on peut ne pas être passionné par la période gallo-romaine mais trouver des réponses lors d’un jeu de piste ou réaliser un petit film pour présenter ses découvertes sur ce sujet peut devenir extrêmement motivant. 

Jouer avec cette pyramide réalisée par les grands, découvrir un autre univers, apprendre du vocabulaire

On est motivé si l’on apprend de nouvelles choses, si cela nous nourrit

La motivation première pour apprendre, une motivation essentielle, viscérale sera là si apprendre répond à un besoin et est en lien avec nos centres d’intérêt. Nous avons besoin de sens, de comprendre, de chercher des réponses à des questions que l’on se pose (et non à celles que l’on ne s’est jamais posées). Nous avons déjà vu que Célestin Freinet disait que l’on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif, le rôle de l’éducateur étant de donner soif aux élèves, de faire émerger des questionnements, de créer des stimulations. Mais un sujet totalement nouveau ne suscitera pas l’intérêt de l’enfant s’il n’en a absolument aucune connaissance au préalable. Se baser sur ses acquis antérieurs permettra que l’enfant soit d’avantage motivé, car il aura envie de mieux comprendre et ainsi constituer peu à peu une réserve de savoirs de plus en plus importante, servant de point de départ à de nouvelles connaissances. Mais un nouveau savoir peut être déstabilisant car remettant en question ce que nous pensions savoir auparavant. Il est parfois nécessaire de « déprogrammer » les connaissances antérieures que nous nous étions peut-être construites par nos observations imparfaites, ou par des apprentissages précédents simplifiés et donc partiellement inexacts. Il est donc important de bien connaitre les représentations des enfants sur un sujet pour pouvoir les aider à en voir les limites plutôt que de plaquer de nouveaux savoirs sur des anciens qui ne correspondent pas. L’enfant sera alors motivé pour mieux comprendre, son intelligence est sollicitée, il aura envie d’approfondir, de trouver du sens. Il se posera de nouvelles questions, pourra poser des hypothèses et pourra essayer de les vérifier par l’observations, par des documents, par des expériences. La motivation vient de ce que l’apprentissage est nourrissant, qu’il y a assez de matière de recherche, que l’on découvre de nouvelles choses et que l’on comprend de mieux en mieux un domaine, ouvrant de portes vers d’autres champs des possibles. 

Noé était très motivé par les listes roses Montessori. Il avait beaucoup joué avec les phonèmes à l’école et avait très envie d’aller plus loin.

On est motivé si l’on est dans une dynamique

Pour Célestin Freinet, il ne fallait pas mettre de notes aux élèves mais veiller à entretenir le dynamisme du groupe pour que les enfants soient motivés. Pour alimenter ce dynamisme, Freinet valorisait les échanges entre les enfants ou avec d’autres groupes par le biais de la correspondance, de présentations d’objets ou d’exposés, d’organisation d’expositions… Avoir un projet commun dynamise et stimule la motivation et l’envie d’apprendre, d’être dans l’action. De plus, être reconnu par les autres dans son travail, dans ses recherches, voir que les autres s’intéressent à ce qu’on a fait est extrêmement motivant.  Dans le but de motiver les enfants et d’évaluer de manière positive, Freinet avait également mis en place un système de brevets inspirés des brevets scouts initiés par Baden Powell qui permettait de valoriser les réussites et symboliser la progression, l’expertise dans certains domaines. Ainsi, l’enfant pouvait avoir un brevet de grimpeur, de cuisinier, d’apiculteur selon des critères précis : pour avoir le brevet d’arboriculteur, l’enfant devait savoir repiquer un arbre, le tailler, faire une greffe … Il y avait aussi des brevets plus « scolaires » comme le brevet de dessinateur, calculateur, écrivain… Pour valider ce brevet, l’enfant concevait un « chef d’œuvre » et d’autres réalisations variées. Ainsi pour avoir le brevet d’écrivain, l’enfant fabrique un petit livre, rédige le compte rendu d’un débat, écrit la règle du jeu que le groupe a inventé … On retrouve cette notion de « chef d’œuvre » dans la pédagogie Steiner où les plus grands présentent un travail personnel élaboré pendant toute l’année dans leur domaine de prédilection : un meuble, un vêtement, un four solaire, un film, un spectacle de danse, une démonstration sportive, un roman, une action sociale … 

Baptiste super motivé pour écrire un article sur l’hindouisme et le partager sur notre site participatif Partadocs. Faire des recherches, écrire, dessiner et savoir que l’article sera lu.

On est motivé si on a formulé un objectif et qu’on est acteur de sa réussite

Pour Antoine de la Garanderie, pour être motivé, « Il faut que l’élève soit constamment sollicité par la perspective d’un progrès direct possible ». Il est donc important d’avoir un objectif précis en tête qui motive à progresser. C’est une motivation par la fin. Ainsi, on fait vivre dans son inconscient le résultat final ce qui peut être très motivant. Par exemple je prépare une danse pour un spectacle, j’imagine mon plaisir d’avoir bien dansé, les applaudissements du public … Mais il est préférable que l’objectif soit un objectif à court terme, simple, clairement défini, réalisable, adapté aux capacités de l’enfant plutôt qu’un objectif lointain et décourageant si l’on n’arrive pas à l’atteindre.  Le chemin se fait pas après pas.  En franchissant de petites marches d’un grand escalier, on monte plus vite que si l’on est coincé devant une marche bien trop haute. Par exemple, si le rêve d’un jeune est d’écrire un roman, il peut se donner comme premier objectif d’écrire une description de son personnage principal. La deuxième petite marche à atteindre sera d’écrire une nouvelle mettant en scène ce personnage, etc. Pour la Garanderie, il est aussi important que pour atteindre un objectif, on soit acteur de notre projet et de notre réussite, et non dans une certaine passivité et en appliquant des consignes : « C’est lui qui imagine ses procédures d’action, qui développe des arguments de confiance, fait l’expérience de ses ressources… ». 

Le rêve de Baptiste : devenir réalisateur. Motivation immense pour réaliser de petits courts métrages, se cultiver en regardant de très nombreux films de toutes les époques.

Activités pour être motivé 

  • Transformer une leçon à apprendre un peu ennuyeuse en moment ludique : mettre de la musique et réciter sa poésie ou sa table de multiplications en chantant, se fabriquer un memory pour apprendre son vocabulaire anglais (je gagne si je retourne l’étiquette mot en anglais et l’étiquette de sa traduction en français …)
  • Mettre l’enfant en situation de choix : l’enfant est plus motivé s’il est libre d’organiser son temps de travail de façon souple, comme dans la pédagogie Montessori où l’enfant va choisir le plateau avec l’activité qu’il souhaite faire, ou comme dans la pédagogie Freinet où l’enfant a un plan de travail (différents exercices à faire, une poésie à apprendre, un texte libre à écrire, un livre à présenter, un exposé à préparer) … et où il choisit par quelle activité il va commencer. On peut également mettre en place une boîte à idées où chacun pourra glisser un papier avec une idée de projet ou d’activité. 
  • Avant d’apprendre une nouvelle notion,  l’enfant dessine la représentation qu’il en a. Par exemple, avant d’aborder la digestion, l’enfant dessine ce qui se passe à son avis dans le corps lorsqu’il mange un bout de pomme et boit un verre d’eau. Les activités seront différentes si l’enfant a dessiné un tuyau qui part de la bouche et s’arrête dans une « poche » dans le ventre, ou bien si l’enfant a dessiné deux tuyaux : un pour l’eau que l’on boit  et qui ressort en urine, un autre pour les aliments solides qui ressortent en excréments, etc 
  • Certains enfants ont des centres d’intérêt assez limités et ne sont motivés que  si l’activité se rapporte à leur passion. Un jeune enfant par exemple ne peut être intéressé que par les petites voitures. On peut alors essayer d’élargir son centre d’intérêt en y intégrant d’autres éléments (un jeu de construction pour faire un circuit, puis construire la ville à côté …) et en l’amenant petit à petit à travailler sur le nombre ( des parkings où il ne peut y avoir 6 voitures …), inventer une histoire , en faire un petit livre , etc. 
  • Pour s’encourager et se motiver à réaliser des choses quotidiennes, on peut mettre en place un petit tableau de motivation qui permet de se concentrer sur les réussites. Il sera composé de quelques lignes et d’un certain nombre de colonnes (une par jour par exemple). Chaque ligne correspond à un objectif à atteindre ( ou une tâche à faire) : ce peut être pour les plus jeunes avoir terminé mes devoirs, avoir joué de mon instrument de musique, avoir écrit quelques lignes sur un cahier pour raconter un événement de ma journée … Pour les plus grands ça peut être réviser pour cette grosse évaluation d’anglais, faire une fiche sur mes cours en vue d’un examen, lire pendant un certain temps ce roman qui doit être lu pour le cours de français … Chaque jour, on place un petit autocollant positif si la tâche a été réalisée. Au bout de 10 autocollants ou lorsque l’objectif final est atteint, on s’octroie une petite récompense, un petit plaisir que l’on aura décidé préalablement soi-même ( une petite gourmandise, un film, un jeu …). C’est d’autant plus efficace si une autre personne se réjouit avec vous : félicitations, check ! 
  • Comme dans la pédagogie Freinet, on peut mettre en place des brevets avec critères précis  et petit diplôme à l’appui : si je suis capable de lire la recette, peser les ingrédients, casser les œufs … tout seul, j’ai mon brevet de pâtissier ! 
  • Pour se motiver à se mettre au travail, mettre en place un rituel précis : après l’école, je goûte, je joue un peu puis à telle heure je m’installe à tel endroit et je travaille pendant une certaine durée. 
  • Inversement, il peut parfois être motivant de casser cette routine et de changer de lieu (on travaille dans le jardin) ou de façon de travailler
  • Discuter d’un rêve qu’aimerait atteindre l’enfant ou le jeune, dire tout ce que l’on a en tête, même si ce n’est pas réaliste. Puis mettre en place des objectifs réalisables à court terme qui permettront de se rapprocher de ce rêve. Je rêve d’être astronaute et d’aller sur la lune : je peux me renseigner sur les études nécessaires, je peux faire des recherches sur l’espace, je peux fabriquer une maquette de fusée, je peux m’intéresser à la physique et apprendre à utiliser des appareils de mesure, je peux visiter un planetarium …
  • Plutôt que de ne parler après l’école que des notes obtenues et des dernières évaluations, lui demander s’il s’est bien amusé, s’il a découvert de  nouvelles choses … S’intéresser autant à ce qu’il a fait avec ses camarades pendant la récréation, au jeu qu’ils ont inventé, à leur projet de protéger les insectes  qu’à son travail scolaire. 
  • Lorsque l’enfant n’est pas motivé, demande pourquoi il doit apprendre telle ou telle chose, éviter le : « c’est parce que c’est comme ça ! Parce que je te le dis. » Le laisser s’exprimer, dire ce qu’il pense sans jugement, discuter, échanger des arguments …
  • Lui apprendre à changer de vocabulaire et de façon de voir les choses. Au lieu de dire : « C’est sûr, je vais rater … »Dire plutôt : « Je me suis bien préparé, je vais faire de mon mieux. » Plutôt que de dire : «  je suis nul … »  dire plutôt : « je vais m’appuyer sur ce que je sais faire pour améliorer ce que je n’arrive pas encore à faire » … 
  • Présenter les choses sous forme de défi : lire le plus de livres en un temps donné et en remplissant une petite fiche, être capable de réciter sa table de multiplication en moins de 30 secondes, être capable de faire le tour du quartier à vélo …
  • Realiser une activité authentique sera beaucoup plus motivante qu’une activité là juste pour faire un exercice. Ecrire un texte qui sera publié dans un petit journal et lu par d’autres est plus motivant que d’écrire une rédaction sur le cahier du jour. Calculer le nombre d’œufs nécessaires pour faire la pâte à crêpes pour 10 personnes au lieu de 4 (et manger les crêpes !) est plus motivant que faire le même calcul sous forme d’exercice dans son cahier. 
  • Travailler à plusieurs en étant en situation de recherche est aussi motivant : on a un objectif (préparer une exposition, résoudre un problème mathématique, construire une cabane …) et l’on réfléchit ensemble, on confronte ses opinions, en prend des décisions, on justifie sa position, on répartit les tâches … 
  • L’activité sera plus motivante si elle n’est pas déconnectée, si elle est en lien avec un projet plus global. Le savoir « saucissonné » perd son sens et qui dit perte de sens dit perte de motivation. On apprend mieux en faisant des liens entre les savoirs. Si en Histoire on travaille sur la période de la Renaissance, cela a plus de sens en art de découvrir la Joconde, de découvrir les dessins géométriques de Léonard de Vinci ou ses dessins du corps humain, de voir une carte du monde réalisée à cette époque et de comparer avec une carte actuelle …
  • Un dernier élément essentiel pour garder la motivation, laisser du temps ! Rien n’est plus démotivant que d’être pressé par le temps et de ne pouvoir mener à bien un projet, de ne pouvoir le développer comme on aimerait, de devoir le bacler ou de ne pouvoir le terminer. 
Noé qui invente un jeu avec nos cartes des continents

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Super motivation pour apprendre à écrire : le jeu des messages ! Noé écrivait un message et je devais faire ce qu’il avait écrit ( sur la photo : joue du piano). Et inversement bien sûr !

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