On apprend si l’on nous fait confiance et si l’on a confiance en soi

Prendre confiance en étant accompagné. Rémi montre à son petit frère Firmin comment tenir son bol tout seul.

Une confiance indispensable

Confiance en soi, confiance en ses capacités, confiance en l’adulte qui accompagne, confiance en ses choix et en ce que l’on ressent en son for intérieur … Cette confiance est indispensable pour pouvoir apprendre pleinement, mais elle peut aussi se construire peu à peu.

Se sentir en sécurité

Mais pour pouvoir développer cette confiance, l’enfant doit avoir un sentiment de sécurité : sécurité physique et affective, cadre structurant, liens avec autrui, personnes ressources pour l’aider ..

Prendre confiance en soi en jouant librement

Pour avoir confiance en soi, il faut que l’on nous ait laissé la possibilité d’agir librement et de faire nos propres choix.

Apprendre à faire tout seul : Noé se sert de l’eau avec un petit pichet adapté à sa taille plutôt que d’avoir à demander.

Ainsi dans la pédagogie Steiner-Waldorf, les enfants jusqu’à sept ans ont de larges moments de jeux libres où ils auront toute latitude pour évoluer librement, créer, inventer des histoires, entrer en interaction avec les autres et cette liberté leur donne confiance en eux. Un enfant dont toutes les activités depuis son plus jeune âge sont proposées et dirigées par un tiers sera plus dépendant d’autrui et pensera que l’on doit tout décider pour lui, il n’aura donc pas cette confiance en lui indispensable lors des apprentissages.

Les temps de jeux libres sont indispensables pour prendre confiance et prendre ses propres décisions.

Apprendre à agir seul en lui donnant les moyens d’y arriver

Une phrase de Maria Montessori illustre bien toute sa pédagogie : « Aide-moi à faire tout seul. » Pour que l’enfant ait confiance en lui, il faut le laisser agir par lui-même en le laissant être le plus autonome possible : s’habiller, se servir un verre d’eau, écrire son prénom … Mais il n’aura peut-être pas encore l’entière capacité de réaliser ces tâches tout seul, ce qui peut être décourageant. Le rôle de l’adulte est alors subtil : laisser le plus possible l’enfant agir seul en lui donnant les moyens d’y arriver. Ce peut être en lui donnant des outils adaptés (une petite carafe légère pour se servir tout seul, des jeux placés sur une étagère à sa hauteur pour qu’il puisse les prendre sans aide), par du matériel qui lui permette de s’entraîner avant (un cadre d’habillement pour s’entraîner à boutonner, un plateau avec de la semoule pour s’habituer à tracer des lettres avant d’écrire sur une feuille), par des conseils ou une aide d’autrui si c’est vraiment nécessaire. Par exemple, l’enfant n’arrive peut-être pas encore à s’habiller seul mais il peut mettre lui-même son bras dans la manche, il peut aller chercher ses chaussettes … Tout ce qu’il est capable de faire seul doit être fait par lui. Ainsi il est sous le regard de l’adulte mais il réussit seul et s’il rencontre une difficulté, il pourra trouver du soutien. L’adulte favorise l’autonomie de l’enfant, lui laisse faire ses choix et encourage sa créativité. 

Noé utilise le cadre d’habillement Montessori pour apprendre à se boutonner seul.

Différents types d’intelligence à développer

Howard Gardner avait défini neuf types d’intelligence (voir encadré en bas). Il est très important si un enfant n’a pas confiance en lui et a des difficultés scolaires par exemple de valoriser les autres types d’intelligence qu’il peut avoir : tu sais très bien te repérer dans le village et dessiner des plans, ou tu sais écouter les autres et arranger les conflits. Il ne s’agit pas de l’enfermer dans un type d’intelligence, car on peut lui montrer qu’il peut développer tous les aspects de son intelligence, mais de mettre en avant ses points forts pour retrouver l’estime de soi. 

Baptiste s’est toujours intéressé au domaine artistique, notamment prendre des photos pour ensuite devenir réalisateur !

Un adulte bienveillant qui accompagne

Un adulte qui donne sa confiance à un enfant est bienveillant, il met debout, il encourage, il est positif, il fait le pari de la réussite. La dimension affective est bien sûr essentielle. Il est souriant, à l’écoute des émotions de l’enfant, mettant des mots ou aidant l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. Un feedback positif ou négatif aura un impact direct sur l’apprentissage, émotion et raisonnement étant fortement liés. Il est important aussi d’être honnête : oui tu n’es pas encore capable de … mais on peut apprendre ou approfondir ceci ou cela … Il aide l’enfant à poser des actes en partant de ses rêves : qu’est-ce qui est possible, comment y arriver, comment se projeter … Un enfant apprend dans la confiance si son rythme est respecté, s’il sait qu’il a droit à l’erreur, s’il a envie d’apprendre et se sent autorisé et reconnu dans sa créativité, en tant qu’individu. 

Baptiste, un grand frère attentif, rassurant, présent à côté de Firmin, qui le conseille sans faire à sa place.

L’adulte doit faire preuve de lâcher prise

Pour qu’un enfant prenne confiance en lui, il faut qu’il sente qu’on lui fait confiance, et l’adulte doit donc faire preuve de « lâcher prise ». L’enfant doit pouvoir faire ses propres expériences, sans que la peur de l’adulte (peur qu’il se fasse mal, peur qu’il se salisse, peur qu’il ne casse quelque chose, peur que la maison soit en désordre …) ne l’entrave trop. L’adulte est là pour l’accompagner mais lui laisse prendre des risques (mesurés !). Pour apprendre à marcher, à faire du vélo, … il faut bien lâcher l’enfant, au sens propre ! Sans ce lâcher-prise, son bon développement est même freiné et certains réflexes archaïques bloqués. Emmi Pikler insistait d’ailleurs sur l’importance de la motricité libre : « L’enfant n’a pas besoin de l’adulte pour apprendre à se déplacer, se mettre debout, s’asseoir ou marcher, il y parvient de lui-même. » Et c’est valable pour bien des apprentissages. Lâcher prise, cela signifie aussi laisser le temps à l’enfant. S’il n’est pas prêt à être propre ou à lire, c’est peut-être simplement que ce n’est pas encore le moment, il est contre-productif de lui « mettre la pression » pour qu’il y arrive. 

La promenade Montessori : marcher librement, où on le souhaite, avec la présence rassurante de l’adulte qui veille à la sécurité.

Que faire pour donner confiance à un enfant : 

  • Attention à ne pas dire à son enfant lorsqu’il est sur le point de faire quelque chose : « Oh non, tu ne vas pas y arriver, attends, je vais le faire ! ». Le laisser agir en lui faisant confiance et en lui donnant des conseils si nécessaire et les moyens d’y arriver, comme le faisait Maria Montessori.
  • Utiliser les mots qui réconfortent, qui encouragent : « Tu vas y arriver », « j’ai confiance en toi » … 
  • Afficher dans sa chambre, dans la cuisine, dans les toilettes des petites phrases positives : tu progresses chaque jour ; Fais de ton mieux ; Pense à tout ce que tu sais faire ; Un pas après l’autre ; Je t’aime parce que tu es toi …
  • Attention à ne pas le comparer avec son frère, sa cousine : A ton âge, il savait déjà … Cela est très négatif et décourageant. Par contre on peut comparer avec ce que l’enfant faisait l’année dernière pour souligner ses progrès et insister sur les points positifs : maintenant, tu arrives à lire une phrase tout seul ! 
  • L’aider à faire la liste de tout ce qu’il sait faire, la liste se complétant au fur et à mesure : je sais m’habiller tout seul, faire du vélo avec, puis sans roulettes, faire des crêpes … 
  • On peut également lister toutes les ressources disponibles s’il a besoin d’aide : demander de l’aide à papi pour faire son fameux gâteau au chocolat, à mon grand frère pour m’expliquer les math, à tonton pour bricoler, regarder sur tel site encyclopédique pour les enfants si j’ai une question, consulter mon atlas pour chercher un pays … 
  • Ne pas avoir une exigence excessive qui met une pression sur l’enfant et ne peut que le décourager s’il n’arrive pas à atteindre l’objectif fixé par l’adulte. Lui lancer des défis à sa mesure, juste un cran au-dessus de ce qu’il arrivait à faire jusqu’à présent, pour lui permettre de progresser pas à pas, ce qui est bien plus valorisant et encourageant qu’une trop haute marche que l’on n’arrive pas à franchir. 
  • Encourager l’enfant à progresser encore dans un domaine qu’il aime et qu’il maitrise déjà bien, c’est extrêmement constructif en terme de confiance en soi. 
  • Valoriser les bonnes attitudes, les bonnes idées de l’enfant… « J’ai vu que tu avais aidé un plus petit à monter sur le toboggan, tu peux être fier de toi. », « Super, tu as pensé à mettre tes habits au sale hier soir » … On peut aussi demander des idées à son enfant : « Est-ce que tu aurais des idées de menu pour cette semaine ? » ; « C’est l’anniversaire de papi, tu as une idée de ce qui pourrait lui faire plaisir ? » 
  • Tous les soirs en famille, chacun peut dire une chose qu’il a bien réussi dans la journée et qui le rend content de lui : marquer un but, aider un copain, bien réussir un travail, faire un joli dessin … C’est d’autant plus efficace s’il entend les adultes faire le même exercice : « Je suis content de moi, j’ai bien réussi mon gâteau ». On peut aussi faire cette petite réflexion sous forme d’un journal des réussites en notant le soir deux ou trois phrases sur ce que l’on a bien réussi dans la journée. Un état d’esprit positif et confiant modifie le fonctionnement du cerveau. 
  • Suggérer à l’enfant d’utiliser la méthode Coué qui est une méthode d’autosuggestion avant une épreuve un peu difficile pour lui : « J’ai confiance en moi, je vais y arriver. ». Il est important aussi de fermer les yeux et de visualiser la scène : je suis en classe, mes camarades et la maîtresse m’écoutent, je récite ma poésie sans erreur et tout se passe bien.   
  • Toujours faire le pari que l’enfant va y arriver ! Et si vraiment il n’y arrive pas, trouver ensemble des points positifs et des pistes pour progresser, en insistant sur le fait qu’on apprend toujours de ses erreurs et que c’est le processus normal d’apprentissage. L’encourager à être positif et à se féliciter lui-même pour développer l’estime de soi !
  • Lorsque l’enfant écrit un texte libre, parler avec lui du contenu, de ce qu’il a voulu dire : « Oh j’aime beaucoup cette histoire de pirates, et ce passage était très drôle ! » C’est important de parler du fond plutôt que de la forme, et ne pas souligner par exemple toutes les erreurs d’orthographe, ce qui peut être très décourageant et lui couper l’envie d’écrire. Par la suite, on peut par contre lui proposer de lui écrire son texte proprement et sans faute à l’ordinateur pour le coller sous son texte et mettre en valeur sa production. Il pourra aussi l’illustrer et en faire un petit livre en agrafant les feuilles.
  • Pour prendre en confiance avant d’écrire un texte, de faire un dessin ou un exercice, on a parfois besoin pour se rassurer d’avoir un modèle à recopier ou pour s’en inspirer. On pourra dans un deuxième temps ou progressivement s’en détacher pour créer ou réfléchir plus librement.
  • De même, lorsque l’enfant fait une dictée, il est important de remarquer tous les mots qu’il a écrits correctement, tous les pièges qu’il a su éviter, le « s » au pluriel qui ne lui a pas échappé. Et seulement dans un deuxième temps, on peut voir ensemble les pistes d’amélioration qu’il peut y avoir : « Maintenant on va regarder ensemble les terminaisons des verbes pour essayer de trouver les bonnes. »
  • Faire une activité de type « jeu de peindre » : de nombreux pots de peinture sont à disposition de l’enfant avec gobelets d’eau et pinceaux. La consigne est simple : se laisser aller à peindre, sans réfléchir, sans plan pré-établi, sans avoir pour ambition de faire une œuvre d’art, sans jugement de quiconque. Juste jouer à peindre, laisser aller son pinceau. Les premières fois, on a tendance à dire je ne sais pas quoi faire, c’est moche … Mais après plusieurs séances, on prend confiance, on fait confiance à sa main, on s’abandonne au plaisir des couleurs et du mouvement.  
Le jeu de peindre que nous faisons régulièrement à la maison !

Les neuf types d’intelligence selon Howard Gardner

  • intelligence linguistique : lire, s’exprimer, écrire, dire ce que l’on pense, jouer avec les mots, débattre, apprendre des langues étrangères …
  • intelligence logico-mathématique : manipuler les nombres, résoudre des problèmes, calculer, mesurer, faire preuve de logique, expérimenter, jouer à des jeux de logique
  • intelligence visuo-spatiale : retrouver son chemin, se repérer dans l’espace, se représenter le monde, se créer une image mentale d’objet en 3 dimensions, réaliser une maquette ou un plan, créer des œuvres d’art, dessiner, peindre, photographier … 
  • intelligence intrapersonnelle : avoir conscience de soi, décrypter ses émotions, connaître ses besoins, ses limites et ses désirs, se comprendre, connaître sa façon de réagir, définir des objectifs personnels, faire de l’introspection
  • intelligence interpersonnelle : comprendre les autres, communiquer, anticiper et adapter son comportement à autrui, faire preuve de sensibilité et d’empathie, coopérer, aider, accepter les différences, résoudre des problèmes relationnels, aimer travailler en groupe et partager
  • intelligence corporelle-kinesthésique : contrôler ses mouvements et son corps, s’exprimer physiquement, faire du sport ou de la danse, mimer, aimer bouger, être adroit pour fabriquer un objet, apprendre par la manipulation 
  • intelligence musicale : percevoir et créer des rythmes et des mélodies : jouer d’un instrument, chanter , danser, apprécier la musique écoutée, reconnaître sons et instruments.
  • intelligence naturaliste : être sensible au vivant, comprendre notre environnement et le protéger, observer la nature, reconnaître et classer les animaux, les végétaux et les minéraux, jardiner
  • intelligence existentielle : se questionner sur le sens et l’origine des choses, se donner des règles morales 
Intelligence musicale : Noé à la clarinette

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Prendre confiance, faire ses expériences avec un adulte qui lâche un peu prise !

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