On apprend si l’on est motivé

Baptiste de lui-même se fabrique un cahier d’artistes pour se souvenir de ceux qu’il a découverts dans nos visites d musées récentes.
Motivation endogène !

On peut distinguer deux grands types de motivation : d’une part la motivation endogène, venant du plaisir même d’apprendre, de l’enthousiasme de la découverte et d’autre part la motivation exogène venant d’éléments extérieurs.  C’est bien évidemment cette motivation endogène qu’il faut en premier lieu tout faire pour susciter en éveillant la curiosité. Mais il est parfois utile de booster un peu cette motivation par d’autres éléments plus artificiels dont on donnera quelques exemples. Il est toutefois important de ne pas affaiblir la motivation intrinsèque à l’apprentissage en utilisant des motivations extérieures déconnectées comme : si tu as une bonne note tu auras un cadeau ou inversement si tu n’as pas une bonne note tu seras puni … L’enfant ne sait plus alors pourquoi il apprend, en tout cas plus pour le plaisir d’apprendre et de découvrir. 

Moments lecture instaurés en famille. La ritualisation, le fait de faire cette activité tous ensemble, le modèle des grands motive à se loger dans un livre

On est motivé d’apprendre si l’on s’émerveille, si l’on est curieux

Comme nous l’avons vu dans la partie « On apprend si notre curiosité est éveillée », l’étonnement initial, les émotions ressenties, l’enthousiasme, tout ce qui va titiller notre curiosité sont une source importante de motivation pour apprendre. 

A la suite d’activités réalisées en classe ( expériences pour montrer la présence de l’air) , Noé avait très envie de les faire à nouveau à la maison pour me les expliquer. Grande motivation !

On est motivé d’apprendre si c’est agréable

Pour Friedrich Froebel, la motivation découle de la satisfaction de jouer et d’apprendre. Nous sommes motivés si ce que nous faisons est agréable, si l’on y prend du plaisir. Ce n’est parfois pas le sujet en lui-même de l’apprentissage qui nous motive mais les moyens utilisés pour apprendre. Ainsi, on peut ne pas être passionné par la période gallo-romaine mais trouver des réponses lors d’un jeu de piste ou réaliser un petit film pour présenter ses découvertes sur ce sujet peut devenir extrêmement motivant. 

Jouer avec cette pyramide réalisée par les grands, découvrir un autre univers, apprendre du vocabulaire

On est motivé si l’on apprend de nouvelles choses, si cela nous nourrit

La motivation première pour apprendre, une motivation essentielle, viscérale sera là si apprendre répond à un besoin et est en lien avec nos centres d’intérêt. Nous avons besoin de sens, de comprendre, de chercher des réponses à des questions que l’on se pose (et non à celles que l’on ne s’est jamais posées). Nous avons déjà vu que Célestin Freinet disait que l’on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif, le rôle de l’éducateur étant de donner soif aux élèves, de faire émerger des questionnements, de créer des stimulations. Mais un sujet totalement nouveau ne suscitera pas l’intérêt de l’enfant s’il n’en a absolument aucune connaissance au préalable. Se baser sur ses acquis antérieurs permettra que l’enfant soit d’avantage motivé, car il aura envie de mieux comprendre et ainsi constituer peu à peu une réserve de savoirs de plus en plus importante, servant de point de départ à de nouvelles connaissances. Mais un nouveau savoir peut être déstabilisant car remettant en question ce que nous pensions savoir auparavant. Il est parfois nécessaire de « déprogrammer » les connaissances antérieures que nous nous étions peut-être construites par nos observations imparfaites, ou par des apprentissages précédents simplifiés et donc partiellement inexacts. Il est donc important de bien connaitre les représentations des enfants sur un sujet pour pouvoir les aider à en voir les limites plutôt que de plaquer de nouveaux savoirs sur des anciens qui ne correspondent pas. L’enfant sera alors motivé pour mieux comprendre, son intelligence est sollicitée, il aura envie d’approfondir, de trouver du sens. Il se posera de nouvelles questions, pourra poser des hypothèses et pourra essayer de les vérifier par l’observations, par des documents, par des expériences. La motivation vient de ce que l’apprentissage est nourrissant, qu’il y a assez de matière de recherche, que l’on découvre de nouvelles choses et que l’on comprend de mieux en mieux un domaine, ouvrant de portes vers d’autres champs des possibles. 

Noé était très motivé par les listes roses Montessori. Il avait beaucoup joué avec les phonèmes à l’école et avait très envie d’aller plus loin.

On est motivé si l’on est dans une dynamique

Pour Célestin Freinet, il ne fallait pas mettre de notes aux élèves mais veiller à entretenir le dynamisme du groupe pour que les enfants soient motivés. Pour alimenter ce dynamisme, Freinet valorisait les échanges entre les enfants ou avec d’autres groupes par le biais de la correspondance, de présentations d’objets ou d’exposés, d’organisation d’expositions… Avoir un projet commun dynamise et stimule la motivation et l’envie d’apprendre, d’être dans l’action. De plus, être reconnu par les autres dans son travail, dans ses recherches, voir que les autres s’intéressent à ce qu’on a fait est extrêmement motivant.  Dans le but de motiver les enfants et d’évaluer de manière positive, Freinet avait également mis en place un système de brevets inspirés des brevets scouts initiés par Baden Powell qui permettait de valoriser les réussites et symboliser la progression, l’expertise dans certains domaines. Ainsi, l’enfant pouvait avoir un brevet de grimpeur, de cuisinier, d’apiculteur selon des critères précis : pour avoir le brevet d’arboriculteur, l’enfant devait savoir repiquer un arbre, le tailler, faire une greffe … Il y avait aussi des brevets plus « scolaires » comme le brevet de dessinateur, calculateur, écrivain… Pour valider ce brevet, l’enfant concevait un « chef d’œuvre » et d’autres réalisations variées. Ainsi pour avoir le brevet d’écrivain, l’enfant fabrique un petit livre, rédige le compte rendu d’un débat, écrit la règle du jeu que le groupe a inventé … On retrouve cette notion de « chef d’œuvre » dans la pédagogie Steiner où les plus grands présentent un travail personnel élaboré pendant toute l’année dans leur domaine de prédilection : un meuble, un vêtement, un four solaire, un film, un spectacle de danse, une démonstration sportive, un roman, une action sociale … 

Baptiste super motivé pour écrire un article sur l’hindouisme et le partager sur notre site participatif Partadocs. Faire des recherches, écrire, dessiner et savoir que l’article sera lu.

On est motivé si on a formulé un objectif et qu’on est acteur de sa réussite

Pour Antoine de la Garanderie, pour être motivé, « Il faut que l’élève soit constamment sollicité par la perspective d’un progrès direct possible ». Il est donc important d’avoir un objectif précis en tête qui motive à progresser. C’est une motivation par la fin. Ainsi, on fait vivre dans son inconscient le résultat final ce qui peut être très motivant. Par exemple je prépare une danse pour un spectacle, j’imagine mon plaisir d’avoir bien dansé, les applaudissements du public … Mais il est préférable que l’objectif soit un objectif à court terme, simple, clairement défini, réalisable, adapté aux capacités de l’enfant plutôt qu’un objectif lointain et décourageant si l’on n’arrive pas à l’atteindre.  Le chemin se fait pas après pas.  En franchissant de petites marches d’un grand escalier, on monte plus vite que si l’on est coincé devant une marche bien trop haute. Par exemple, si le rêve d’un jeune est d’écrire un roman, il peut se donner comme premier objectif d’écrire une description de son personnage principal. La deuxième petite marche à atteindre sera d’écrire une nouvelle mettant en scène ce personnage, etc. Pour la Garanderie, il est aussi important que pour atteindre un objectif, on soit acteur de notre projet et de notre réussite, et non dans une certaine passivité et en appliquant des consignes : « C’est lui qui imagine ses procédures d’action, qui développe des arguments de confiance, fait l’expérience de ses ressources… ». 

Le rêve de Baptiste : devenir réalisateur. Motivation immense pour réaliser de petits courts métrages, se cultiver en regardant de très nombreux films de toutes les époques.

Activités pour être motivé 

  • Transformer une leçon à apprendre un peu ennuyeuse en moment ludique : mettre de la musique et réciter sa poésie ou sa table de multiplications en chantant, se fabriquer un memory pour apprendre son vocabulaire anglais (je gagne si je retourne l’étiquette mot en anglais et l’étiquette de sa traduction en français …)
  • Mettre l’enfant en situation de choix : l’enfant est plus motivé s’il est libre d’organiser son temps de travail de façon souple, comme dans la pédagogie Montessori où l’enfant va choisir le plateau avec l’activité qu’il souhaite faire, ou comme dans la pédagogie Freinet où l’enfant a un plan de travail (différents exercices à faire, une poésie à apprendre, un texte libre à écrire, un livre à présenter, un exposé à préparer) … et où il choisit par quelle activité il va commencer. On peut également mettre en place une boîte à idées où chacun pourra glisser un papier avec une idée de projet ou d’activité. 
  • Avant d’apprendre une nouvelle notion,  l’enfant dessine la représentation qu’il en a. Par exemple, avant d’aborder la digestion, l’enfant dessine ce qui se passe à son avis dans le corps lorsqu’il mange un bout de pomme et boit un verre d’eau. Les activités seront différentes si l’enfant a dessiné un tuyau qui part de la bouche et s’arrête dans une « poche » dans le ventre, ou bien si l’enfant a dessiné deux tuyaux : un pour l’eau que l’on boit  et qui ressort en urine, un autre pour les aliments solides qui ressortent en excréments, etc 
  • Certains enfants ont des centres d’intérêt assez limités et ne sont motivés que  si l’activité se rapporte à leur passion. Un jeune enfant par exemple ne peut être intéressé que par les petites voitures. On peut alors essayer d’élargir son centre d’intérêt en y intégrant d’autres éléments (un jeu de construction pour faire un circuit, puis construire la ville à côté …) et en l’amenant petit à petit à travailler sur le nombre ( des parkings où il ne peut y avoir 6 voitures …), inventer une histoire , en faire un petit livre , etc. 
  • Pour s’encourager et se motiver à réaliser des choses quotidiennes, on peut mettre en place un petit tableau de motivation qui permet de se concentrer sur les réussites. Il sera composé de quelques lignes et d’un certain nombre de colonnes (une par jour par exemple). Chaque ligne correspond à un objectif à atteindre ( ou une tâche à faire) : ce peut être pour les plus jeunes avoir terminé mes devoirs, avoir joué de mon instrument de musique, avoir écrit quelques lignes sur un cahier pour raconter un événement de ma journée … Pour les plus grands ça peut être réviser pour cette grosse évaluation d’anglais, faire une fiche sur mes cours en vue d’un examen, lire pendant un certain temps ce roman qui doit être lu pour le cours de français … Chaque jour, on place un petit autocollant positif si la tâche a été réalisée. Au bout de 10 autocollants ou lorsque l’objectif final est atteint, on s’octroie une petite récompense, un petit plaisir que l’on aura décidé préalablement soi-même ( une petite gourmandise, un film, un jeu …). C’est d’autant plus efficace si une autre personne se réjouit avec vous : félicitations, check ! 
  • Comme dans la pédagogie Freinet, on peut mettre en place des brevets avec critères précis  et petit diplôme à l’appui : si je suis capable de lire la recette, peser les ingrédients, casser les œufs … tout seul, j’ai mon brevet de pâtissier ! 
  • Pour se motiver à se mettre au travail, mettre en place un rituel précis : après l’école, je goûte, je joue un peu puis à telle heure je m’installe à tel endroit et je travaille pendant une certaine durée. 
  • Inversement, il peut parfois être motivant de casser cette routine et de changer de lieu (on travaille dans le jardin) ou de façon de travailler
  • Discuter d’un rêve qu’aimerait atteindre l’enfant ou le jeune, dire tout ce que l’on a en tête, même si ce n’est pas réaliste. Puis mettre en place des objectifs réalisables à court terme qui permettront de se rapprocher de ce rêve. Je rêve d’être astronaute et d’aller sur la lune : je peux me renseigner sur les études nécessaires, je peux faire des recherches sur l’espace, je peux fabriquer une maquette de fusée, je peux m’intéresser à la physique et apprendre à utiliser des appareils de mesure, je peux visiter un planetarium …
  • Plutôt que de ne parler après l’école que des notes obtenues et des dernières évaluations, lui demander s’il s’est bien amusé, s’il a découvert de  nouvelles choses … S’intéresser autant à ce qu’il a fait avec ses camarades pendant la récréation, au jeu qu’ils ont inventé, à leur projet de protéger les insectes  qu’à son travail scolaire. 
  • Lorsque l’enfant n’est pas motivé, demande pourquoi il doit apprendre telle ou telle chose, éviter le : « c’est parce que c’est comme ça ! Parce que je te le dis. » Le laisser s’exprimer, dire ce qu’il pense sans jugement, discuter, échanger des arguments …
  • Lui apprendre à changer de vocabulaire et de façon de voir les choses. Au lieu de dire : « C’est sûr, je vais rater … »Dire plutôt : « Je me suis bien préparé, je vais faire de mon mieux. » Plutôt que de dire : «  je suis nul … »  dire plutôt : « je vais m’appuyer sur ce que je sais faire pour améliorer ce que je n’arrive pas encore à faire » … 
  • Présenter les choses sous forme de défi : lire le plus de livres en un temps donné et en remplissant une petite fiche, être capable de réciter sa table de multiplication en moins de 30 secondes, être capable de faire le tour du quartier à vélo …
  • Realiser une activité authentique sera beaucoup plus motivante qu’une activité là juste pour faire un exercice. Ecrire un texte qui sera publié dans un petit journal et lu par d’autres est plus motivant que d’écrire une rédaction sur le cahier du jour. Calculer le nombre d’œufs nécessaires pour faire la pâte à crêpes pour 10 personnes au lieu de 4 (et manger les crêpes !) est plus motivant que faire le même calcul sous forme d’exercice dans son cahier. 
  • Travailler à plusieurs en étant en situation de recherche est aussi motivant : on a un objectif (préparer une exposition, résoudre un problème mathématique, construire une cabane …) et l’on réfléchit ensemble, on confronte ses opinions, en prend des décisions, on justifie sa position, on répartit les tâches … 
  • L’activité sera plus motivante si elle n’est pas déconnectée, si elle est en lien avec un projet plus global. Le savoir « saucissonné » perd son sens et qui dit perte de sens dit perte de motivation. On apprend mieux en faisant des liens entre les savoirs. Si en Histoire on travaille sur la période de la Renaissance, cela a plus de sens en art de découvrir la Joconde, de découvrir les dessins géométriques de Léonard de Vinci ou ses dessins du corps humain, de voir une carte du monde réalisée à cette époque et de comparer avec une carte actuelle …
  • Un dernier élément essentiel pour garder la motivation, laisser du temps ! Rien n’est plus démotivant que d’être pressé par le temps et de ne pouvoir mener à bien un projet, de ne pouvoir le développer comme on aimerait, de devoir le bacler ou de ne pouvoir le terminer. 
Noé qui invente un jeu avec nos cartes des continents

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Super motivation pour apprendre à écrire : le jeu des messages ! Noé écrivait un message et je devais faire ce qu’il avait écrit ( sur la photo : joue du piano). Et inversement bien sûr !

On apprend avec ses émotions

La joie de découvrir !

« On leur a appris à savoir mais on ne leur a pas permis de ressentir » dit Alexander Neill. Nos pédagogues avaient bien compris l’importance de la vie affective dans l’apprentissage. Selon Rudolf Steiner, l’étonnement et l’admiration devraient toujours précéder la connaissance. Comme nous avons vu plus tôt, les neurones avec une fonction cognitive sont indissociables de ceux engendrant des émotions. Émotions et fonctions cognitives agissent donc de pair : nous apprenons beaucoup mieux si des émotions positives entrent en jeu dans l’apprentissage. En effet les émotions ont un rôle notamment dans l’attention, la mémorisation. Ce rôle des émotions dans les apprentissages est de plus en plus étudié en neurosciences. 

Steiner disait qu’il ne fallait pas seulement observer une graine d’un point de vue matériel, mais la saisir de façon vivante par le sentiment, l’imagination, l’émotion. Nous retiendrons mieux une notion si nous avons été émus, si nous avons ri … Dans une leçon d’Histoire par exemple, nous retiendrons plus difficilement une liste de faits lus dans un texte que si nous avons entendu (ou lu) des témoignages de personnes ayant vécu les faits et qui nous ont touchés. Ce que l’on vit au fond de soi devient une source d’impulsion pour élaborer des pensées et des concepts. Steiner conseille de ne commencer à réfléchir à une chose qu’après s’être relié à elle par un vécu. 

Noé qui apprend à être un soldat napoléonien ! Il a tellement ri (et nous aussi !), il s’en souviendra longtemps !

Pour Ovide Decroly, on apprend également mieux si les apprentissages sont insérés dans une vie affective et sociale. Dans les écoles Decroly et Freinet, les projets réalisés ensemble, les échanges, la vie en collectivité sont très importants. Ce vécu commun autour du savoir génère des sentiments de plaisir, d’enthousiasme, d’émulation, d’entraide qui s’entremêlent avec ce que les enfants découvrent et apprennent. Toutes ces connaissances acquises ensemble par le biais de cette expérience commune s’ancrent de façon durable grâce à toutes ces émotions ressenties. 

Rémi, Lison et Baptiste qui ont le projet commun de fabriquer une pyramide égyptienne en carton.

Ces émotions, que l’on nomme émotions épistémiques, sont vraiment liées à l’apprentissage en tant que tel et à l’exploration de la nouveauté. Ce sont par exemple l’intérêt, la surprise, l’enthousiasme, l’émerveillement, le plaisir d’apprendre … Ces émotions peuvent donc faciliter l’attention, la mémorisation, le raisonnement …

La joie de découvrir ces champignons et d’apprendre leur nom

On peut les distinguer des émotions éprouvées pendant l’activité mais pas en lien direct avec l’apprentissage. Celles-ci peuvent découler des relations avec les camarades ou l’enseignant, du sentiment de réussite ou d’échec, d’éléments totalement extérieurs (la faim, une dispute, un problème familial). Ce pourra être des émotions positives (plaisir, joie, soulagement, espoir, fierté, admiration …) ou négatives (anxiété, peur de l’échec, ennui, découragement, frustration, colère, peur, tristesse, honte, jalousie …).  Cette gestion des émotions est donc importante pour que cela ne parasite pas les apprentissages.

Noé s’ennuie …

On distingue plusieurs niveaux de compétences émotionnelles. Être capable de :  

  • Comprendre ses émotions
  • Reconnaître des émotions
  • Identifier les émotions des autres
  • Ressentir des émotions appropriées à la situation
  • Réguler ses émotions
  • Gérer dans un groupe les émotions d’autrui. 

Apprendre à réguler ses émotions est donc un point essentiel, passant surtout par la verbalisation et la recherche de solutions positives. On sait que plus un élève sait réguler ses émotions, plus ses « performances » sont bonnes.  Par contre, la stratégie qui consiste à vouloir supprimer les expressions émotionnelles non adaptées pourront avoir des conséquences néfastes, telles que l’agressivité ou la passivité. 

Difficile de gérer ses émotions pour Firmin !

Le rôle de l’adulte qui accompagne les apprentissages est également extrêmement important. Un enseignant passionné saura inspirer ses élèves, leur transmettre son enthousiasme. On parle de contagion émotionnelle. Cette contagion peut également s’opérer entre les élèves, un enfant passionné par un sujet pourra transmettre cet intérêt à ses camarades et leur donner envie d’en apprendre d’avantage. Souvent, les enfants fonctionnent aussi à l’affectif en essayant de bien travailler pour faire plaisir à leurs parents, à leur enseignant … Ils guettent leur approbation et leurs encouragements, souhaitant leur faire plaisir pour qu’ils soient fiers d’eux. Il est très important de les faire basculer de ce « Tu es content de moi ? » à un « Je suis content de ce que j’ai fait. »

Pour apprendre à verbaliser ses émotions

Lison mime la colère
  • Réaliser une roue où seront dessinés six visages ou smileys exprimant les émotions de base : peur, joie, tristesse, dégoût, surprise, colère. L’enfant pourra montrer à l’aide d’une flèche l’émotion ressentie. On peut aussi réaliser des cartes et demander à l’enfant de choisi une couleur par émotion (rouge colère, bleu tristesse …) 
  • L’enfant peut aussi exprimer l’intensité d’une émotion en déplaçant un curseur sur une ligne de 1 à 10, ou encore en plaçant son doigt sur un rond parmi plusieurs de diamètres différents : plus le rond est grand, plus l’émotion est forte. 
  • Mimer une émotion que l’enfant devra reconnaître puis changer de rôles
  • Dire le mot bonjour avec différentes émotions : en étant heureux, triste, en colère … L’autre doit essayer de reconnaître l’émotion.
  • Nommer des moments où l’on ressent telle ou telle émotion. Je suis heureuse quand je caresse mon chat. Je suis en colère quand ma construction se casse. ..
  • Lors d’un conflit avec un camarade, faire un jeu de rôle où chacun se mettra dans la peau de l’autre puis faire verbaliser à chacun ce qu’il a ressenti. 
  • En lisant une histoire, échanger avec l’enfant sur l’émotion ressentie par le personnage. 
  • On peut aussi lui raconter une histoire spécifique où un enfant trébuche et fait tomber toutes ses affaires et dont les autres se moquent. L’enfant peut alors imaginer la suite, dire ce qu’il aurait ressenti dans cette situation, comment aurait-il réagi s’il avait vu un autre enfant dans cette situation, qu’auraient pu faire les autres, quelles seraient les conséquences sur l’ambiance du groupe … Cela permet de développer son empathie, de mieux comprendre ses propres émotions et d’essayer d’imaginer les émotions des autres. 
  • Exprimer une émotion ressentie (colère, tristesse …) par l’art : en dessinant, en peignant, en chantant ou en jouant d’un instrument de musique, en dansant …
  • Dire le nom de l’émotion exprimée dans un tableau célèbre (le cri de Munch pour la peur, vieil homme en pleurs de Van Gogh pour la tristesse, une nana de Nikki de Saint Phalle pour la joie, …) et essayer de verbaliser ce qui nous permet de dire cela. On peut faire de même avec des peintures plus abstraites. En se promenant dans un musée ou en feuilletant un livre d’art, l’enfant peut montrer l’oeuvre la plus joyeuse, celle la plus effrayante, etc. On peut également dire l’émotion ressentie en regardant des extraits de film (les colères de de Funès, la tristesse de Charlot et du Kid …), en regardant des BD (les colères du capitaine Haddock, la joie d’un schtroumpf …) ou en écoutant une musique classique ou en dansant sur cette musique (la tristesse de la musique de la liste de Schindler, la joie d’une musique de ragtime …) . On peut faire écouter aux enfants plusieurs fois ces musiques, et mettre ensemble au point des gestes. Quand on entend une musique joyeuse, on sautille, quand la musique est triste, on avance doucement, tête baissée. Pour la colère, on met les mains sur les hanches et on avance de façon décidée et énergique en fronçant les sourcils ! Et pour la peur on avance dans une direction, puis dans l’autre comme si on cherchait une sortie … on peut aussi mettre ses poings serrés sous son menton avec un air inquiet ! Pour retrouver oeuvres d’art, extraits de films, musiques, etc sur les émotions, cliquez ici !
  • On peut inventer une histoire avec des moments joyeux, des moments inquiétants, etc, et même en faire un petit spectacle muet sur fond de musiques évocatrices. Par exemple, un petit chaperon rouge qui cueille des fleurs sur une musique joyeuse … puis le loup qui arrive sur une musique effrayante, etc …
  • Lorsque l’enfant nous montre un texte, un dessin qu’il a fait, au lieu de lui dire : « C’est beau ! », faire quelques remarques factuelles : « Je vois que tu as fait de grandes formes bleues … » ou alors « Ah, je vois que tu as écrit un texte sur les vikings ». L’aider par contre à dire ce que lui en pense, ce qu’il a voulu exprimer, comment il compte ou non continuer … 
La tristesse de Van Gogh

Pour ressentir des émotions qui aident à apprendre

  • Jouer sous forme de pièce de théâtre ou de jeu de rôle une leçon d’Histoire par exemple. Outre le fait de réveiller l’intérêt des enfants, ils peuvent ressentir de la tristesse, de la peur, de la joie en se mettant dans la « peau » de personnes ayant vécu des événements historiques. Ces émotions ressenties ancreront d’avantage les faits dans leur mémoire 
  • Inventer des chansons rigolotes sur des choses rébarbatives à apprendre (tables de multiplication, conjugaison …). « 2×3 = 6, la saucisse … » ; « je mangerai un balai, tu mangeras papa … ». La joie prise à inventer ces phrases absurdes, le rire de les chanter sur l’air de sa chanson préférée … permet d’associer cet apprentissage à quelque chose de positif qui sera plus facile à mémoriser. 
  • Comme le conseillait Charlotte Mason, lire des « living books », des « livres vivants », c’est-à-dire, au lieu d’extraits « secs » de manuels scolaires, des récits captivants d’explorateurs, des romans historiques pleins d’anecdotes … afin que le lecteur soit imprégné d’émotions qui marqueront d’avantage sa mémoire. 
  • Rencontrer un expert dans un domaine (un apiculteur, un artisan, un passionné d’avion ou de Léonard de Vinci …) pour qu’il partage sa passion et que l’on soit touché par « contagion émotionnelle » comme on a vu plus haut par cet intérêt. Ce partage peut aussi avoir lieu dans la famille ou dans un groupe, chacun avec un sujet qu’il adore et maitrise bien.
  • Comme le suggérait Steiner, observer la nature en exprimant des sentiments, en inventant des histoires : cette petite plante qui dormait dans la graine, elle sort maintenant de terre. Elle fait peut-être la course avec une autre graine ! Elle doit sentir les rayons du soleil la réchauffer. Peut-être veut-elle grimper jusqu’à un château comme le haricot magique ! On peut aussi mimer cette petite plantule qui sort de la graine et grandit.  
  • Travailler à plusieurs sur une énigme, un problème de math qui résiste un peu, ou mieux encore sur un problème que l’on s’est donné nous-mêmes (Je me demande combien il y a de secondes dans une journée …)  en écrivant sur une grande affiche ses essais, ses recherches. Puis présenter aux autres groupes ses hypothèses, échanger, débattre. Cette ambiance de recherche et de défi, cette confrontation aux opinions des autres peut entraîner un enthousiasme intellectuel et stimuler l’intérêt. 
Apprendre en écoutant un boulanger passionné par son métier et par le Moyen Age

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Les émotions dans les BD
peur, joie, tristesse par Lison !

On apprend si notre curiosité est éveillée

Petit Firmin tout étonné ! De l’étonnement naît la curiosité.

Dès le plus jeune âge, l’enfant est en recherche permanente d’apprentissage. Il découvre le monde, s’étonne et apprend sans cesse car il est curieux de tout. Il est attiré par tout ce qui est nouveau pour lui et s’émerveille d’un rayon de lumière, d’un insecte, d’un instrument de musique … Cette curiosité, c’est vraiment la base des apprentissages, le fondement de tout désir d’apprendre.

Mais comment faire pour que cette curiosité infinie, cette appétence pour les apprentissages nouveaux perdurent lorsque l’enfant grandit ? Plusieurs pistes pour cela sont à explorer : 

  • Cultiver cet étonnement initial :

Il faut vraiment garder à l’esprit qu’à la base de toute curiosité, il y a un étonnement, un émerveillement, une émotion. Soyons attentifs lorsque l’enfant s’extasie pour une petite chose, émerveillons-nous avec lui, prenons le temps d’observer, de décrire, de dire ce que nous ressentons, de nous interroger sur le pourquoi et le comment. 

Firmin intrigué par son ombre, prenant le temps de l’observer.
  • Susciter des questions : 

Comme l’explique Célestin Freinet, l’adulte a tendance à fournir des réponses à des questions que ne se pose même pas l’enfant. Or le processus d’apprentissage est alors inversé, si l’enfant ne s’est pas posé la question, sa curiosité n’est pas titillée et les réponses ne le nourriront pas, il n’apprendra pas ou peu. L’objectif pour l’adulte est alors de susciter des questions en s’appuyant sur le désir de savoir et de comprendre. Et lorsque l’enfant pose une question à un adulte, il peut répondre mais de façon assez succincte. Sa curiosité sera alors peut-être stimulée et il posera de nouvelles questions, alors qu’il n’aurait peut-être pas écouté jusqu’au bout une trop longue explication. On peut également suggérer à l’enfant de donner auparavant ses suppositions pour le pousser à réfléchir et à formuler des hypothèses. 

Noé s’interrogeant sur la décomposition de la lumière, observant l’arc-en-ciel qu’a fait naître le CD.
  • Stimuler cette curiosité

Ces questions peuvent être favorisées en créant un climat stimulant et propice aux échanges et aux questionnements. Chaque situation peut être le point de départ d’incitations permanentes : une visite, une discussion, une rencontre, un fait d’actualité, une observation dans la nature … A partir de ces éléments, l’adulte peut ouvrir des pistes ou relancer l’intérêt. 

Baptiste qui suscite la curiosité de son petit frère Noé, observant ensemble une fleur ou un insecte, se posant des questions.
  • S’appuyer sur des connaissances antérieures :

L’apprentissage est une recherche permanente. Il se construit en s’appuyant sur un tiers de certitude mais aussi sur deux tiers d’incertitude, de nouveauté. Pour pouvoir s’intéresser à un sujet, il est donc nécessaire d’avoir des connaissances de départ. Par exemple, je ne pourrai pas lire un article scientifique extrêmement pointu si je n’ai pas les bases dans ce domaine. Le texte sera totalement abscons pour moi et je m’en désintéresserai vite. Inversement, si je lis un texte très simple sur un sujet que je connais bien et qui ne m’apprend rien, je m’en désintéresserai également. C’est donc ce décalage entre ce que nous savons et ce que nous ignorons qui va nous pousser à chercher, à nous questionner, à trouver des réponses et va aiguiser notre curiosité. Pour Ovide Decroly, la curiosité et l’intérêt sont les deux faces d’un même phénomène. C’est l’intérêt pour un sujet (et donc une certaine connaissance de ce sujet) qui va conduire à être curieux d’en savoir plus, à se poser des questions, à chercher à comprendre ou à mieux connaitre. La curiosité, c’est l’attitude qui va permettre de satisfaire un besoin, un intérêt. Freinet créait donc des situations d’apprentissage où les connaissances étaient réorganisées afin d’intégrer des éléments nouveaux qui relançaient la curiosité.

Rémi, Baptiste et Lison au Louvre, discutant autour des tableaux d’Arcimboldo. Ils connaissaient déjà le tableau de l’été avec les fruits et légumes et découvrent les autres, très intéressés !
  • Rendre actif : 

Si nous sommes simplement observateurs sans être acteurs, notre curiosité ne sera pas suffisamment nourrie et risque de s’étioler. Célestin Freinet conseillait donc de stimuler l’activité des enfants, de créer des situations éveillant leur curiosité mais en les incitant à intervenir par eux-mêmes, à agir. Si l’on est passionné par l’espace, on va être curieux des réponses qu’on va nous donner, des livres qu’on va consulter, des vidéos que l’on va regarder mais l’on va être enthousiaste à l’idée de fabriquer par exemple une maquette du système solaire ou de concevoir des panneaux pour expliquer ses découvertes lors d’un exposé. Cette curiosité dans l’action va susciter imagination et créativité. 

Noé qui fabrique un volcan en terre glaise et va ensuite réaliser une éruption .
  • Approfondir : 

Assouvir une curiosité, c’est aussi avoir la possibilité d’approfondir une question. Pour cela, la question du temps est primordiale.  Si l’enfant s’est intéressé à un sujet, à l’école par exemple, et qu’il pose de nouvelles questions ou apporte de nouveaux documents, il est nécessaire de prendre ce temps avec lui, même si ce n’est plus le thème du moment … Il est important au contraire de valoriser cette volonté d’approfondir, de l’aider à élargir son questionnement en lui proposant suffisamment de matière à penser, que les livres, vidéos, visites, échanges, activités soient nourrissantes. Ces idées de richesse des contenus, de sollicitation de l’intelligence sont extrêmement importantes dans la pédagogie Charlotte Mason. 

Baptiste, après avoir visité plusieurs musées, s’est fabriqué un cahier d’artistes en recherchant quelques éléments de biographie et des oeuvres emblématiques des artistes qu’il a pu découvrir dans les musées.

Quelques idées d’activités pour éveiller la curiosité

  • Mettre en place un cahier de questions. Dès que l’enfant se pose une question ( Comment les dinosaures ont disparu ? Et à quoi ça sert les pyramides en Egypte ? Et c’est où l’Ukraine ? Pourquoi mon sang il est rouge ? et…), lui proposer de l’écrire (ou l’écrire à sa place, selon l’âge) dans ce cahier de questions. Lorsqu’il aura un peu de temps, il pourra faire des recherches ( là aussi avec l’aide adaptée selon l’âge) et ensuite partager à sa famille ou à ses camarades ce qu’il aura appris. 
  • Etablir une correspondance avec un autre enfant. Il pourra ainsi partager ses centres d’intérêt et découvrir ceux d’une autre personne, ce qui pourra éveiller sa curiosité. De manière générale, le partage, l’échange avec d’autres peut ouvrir des horizons. Il apprendra un peu grâce à l’autre, ce qui peut ensuite donner envie d’en savoir plus.
  • Profiter de la passion de l’enfant pour un domaine, par exemple les dinosaures, pour mettre à sa disposition quelques livres ( documentaires ou de fiction)sur le sujet, lui faire visiter un musée, lui proposer de partir à la recherche de fossiles… 
  • Lorsqu’un enfant est très intéressé par un sujet, ne pas hésiter à introduire un peu de nouveauté pour l’ouvrir sur autre chose. S’il est passionné de mythologie grecque, on peut également lui raconter une légende de la mythologie nordique. S’il adore les chevaux, on peut lui parler des tournois de chevaliers, puis à partir de là du Moyen-Age. 
  • Montrer l’exemple : lors d’une promenade, émerveillez-vous de la beauté du papillon, photographiez des empreintes d’animaux ou des troncs d’arbre pour ensuite chercher de quoi il s’agit, …
  • Laisser du temps libre à l’enfant pour qu’il ait le temps de rêver, de se poser des questions, de feuilleter des livres …  Si l’enfant est surchargé d’activités, il n’aura pas l’espace pour laisser sa curiosité naturelle se poser sur tel ou tel sujet. Laisser en libre accès des caisses ou bibliothèque avec des livres sur différents sujets, qu’il aura peut-être envie de regarder s’il s’ennuie un peu !
  • Afficher des outils qui permettent rapidement de répondre à une interrogation : une carte du monde (chez nous, c’est dans la cuisine), une frise historique, un poster pour reconnaitre les oiseaux près de la fenêtre où l’on peut les observer … Ces ressources deviendront une habitude pour vos enfants quand ils auront une question. 
  • Explorer son environnement proche (ou plus lointain lors de voyages). S’arrêter pour observer des ouvriers sur un chantier, une moissonneuse dans un champ, la forme des nuages … Ces observations pourront stimuler la curiosité des enfants qui poseront sans doute des questions. Et si ce n’est pas le cas, l’adulte pourra lui aussi s’interroger à haute voix : je me demande pourquoi il y a des traits blancs dans le ciel … Chacun ira de son hypothèse que l’on pourra par la suite confirmer ou infirmer après recherche. Et lors d’un voyage dans une autre région ou un autre pays, on pourra découvrir des spécialités culinaires, des architectures différentes, essayer de comprendre les règles de ce sport inconnu …
  • Proposer de temps en temps que chaque personne de la famille (ou que chaque élève de la classe) présente un objet qu’il aime ou qui l’intéresse en expliquant pourquoi. Ces échanges peuvent faire naître de nouveaux intérêts. On pourra aussi présenter un livre qu’on a aimé, une musique qui nous plaît, un sport qui nous a intéressés, une découverte qu’on a faite et qu’on veut partager. 
Notre carte du monde accroché dans la cuisine servant très souvent de point de repère lors des discussions à table : un pays évoqué lorsque l’on parle d’actualité (Ukraine par exemple), de sport (jeux olympiques, matchs de foot), de voyages, d’un sujet évoqué en classe, d’un pays rencontré lors dune lecture ou d’un film … Sur cette photo, Noé replace nos cartes de nomenclature des peuples du monde au bon endroit.

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Baptiste dans la rivière avec son épuisette en train de chercher des insectes ou des larves pour mieux les observer ensuite.

On apprend si l’on nous fait confiance et si l’on a confiance en soi

Prendre confiance en étant accompagné. Rémi montre à son petit frère Firmin comment tenir son bol tout seul.

Confiance en soi, confiance en ses capacités, confiance en l’adulte qui accompagne, confiance en ses choix et en ce que l’on ressent en son for intérieur … Cette confiance est indispensable pour pouvoir apprendre pleinement, mais elle peut aussi se construire peu à peu. Mais pour pouvoir développer cette confiance, l’enfant doit avoir un sentiment de sécurité : sécurité physique et affective, cadre structurant, liens avec autrui, personnes ressources pour l’aider .. Pour avoir confiance en soi, il faut que l’on nous ait laissé la possibilité d’agir librement et de faire nos propres choix.

Apprendre à faire tout seul : Noé se sert de l’eau avec un petit pichet adapté à sa taille plutôt que d’avoir à demander.

Ainsi dans la pédagogie Steiner-Waldorf, les enfants jusqu’à sept ans ont de larges moments de jeux libres où ils auront toute latitude pour évoluer librement, créer, inventer des histoires, entrer en interaction avec les autres et cette liberté leur donne confiance en eux. Un enfant dont toutes les activités depuis son plus jeune âge sont proposées et dirigées par un tiers sera plus dépendant d’autrui et pensera que l’on doit tout décider pour lui, il n’aura donc pas cette confiance en lui indispensable lors des apprentissages.

Les temps de jeux libres sont indispensables pour prendre confiance et prendre ses propres décisions.

Une phrase de Maria Montessori illustre bien toute sa pédagogie : « Aide-moi à faire tout seul. » Pour que l’enfant ait confiance en lui, il faut le laisser agir par lui-même en le laissant être le plus autonome possible : s’habiller, se servir un verre d’eau, écrire son prénom … Mais il n’aura peut-être pas encore l’entière capacité de réaliser ces tâches tout seul, ce qui peut être décourageant. Le rôle de l’adulte est alors subtil : laisser le plus possible l’enfant agir seul en lui donnant les moyens d’y arriver. Ce peut être en lui donnant des outils adaptés (une petite carafe légère pour se servir tout seul, des jeux placés sur une étagère à sa hauteur pour qu’il puisse les prendre sans aide), par du matériel qui lui permette de s’entraîner avant (un cadre d’habillement pour s’entraîner à boutonner, un plateau avec de la semoule pour s’habituer à tracer des lettres avant d’écrire sur une feuille), par des conseils ou une aide d’autrui si c’est vraiment nécessaire. Par exemple, l’enfant n’arrive peut-être pas encore à s’habiller seul mais il peut mettre lui-même son bras dans la manche, il peut aller chercher ses chaussettes … Tout ce qu’il est capable de faire seul doit être fait par lui. Ainsi il est sous le regard de l’adulte mais il réussit seul et s’il rencontre une difficulté, il pourra trouver du soutien. L’adulte favorise l’autonomie de l’enfant, lui laisse faire ses choix et encourage sa créativité. 

Noé utilise le cadre d’habillement Montessori pour apprendre à se boutonner seul.

Howard Gardner avait défini neuf types d’intelligence (voir encadré en bas). Il est très important si un enfant n’a pas confiance en lui et a des difficultés scolaires par exemple de valoriser les autres types d’intelligence qu’il peut avoir : tu sais très bien te repérer dans le village et dessiner des plans, ou tu sais écouter les autres et arranger les conflits. Il ne s’agit pas de l’enfermer dans un type d’intelligence, car on peut lui montrer qu’il peut développer tous les aspects de son intelligence, mais de mettre en avant ses points forts pour retrouver l’estime de soi. 

Baptiste s’est toujours intéressé au domaine artistique, notamment prendre des photos pour ensuite devenir réalisateur !

Un adulte qui donne sa confiance à un enfant est bienveillant, il met debout, il encourage, il est positif, il fait le pari de la réussite. La dimension affective est bien sûr essentielle. Il est souriant, à l’écoute des émotions de l’enfant, mettant des mots ou aidant l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. Un feedback positif ou négatif aura un impact direct sur l’apprentissage, émotion et raisonnement étant fortement liés. Il est important aussi d’être honnête : oui tu n’es pas encore capable de … mais on peut apprendre ou approfondir ceci ou cela … Il aide l’enfant à poser des actes en partant de ses rêves : qu’est-ce qui est possible, comment y arriver, comment se projeter … Un enfant apprend dans la confiance si son rythme est respecté, s’il sait qu’il a droit à l’erreur, s’il a envie d’apprendre et se sent autorisé et reconnu dans sa créativité, en tant qu’individu. 

Baptiste, un grand frère attentif, rassurant, présent à côté de Firmin, qui le conseille sans faire à sa place.

Pour qu’un enfant prenne confiance en lui, il faut qu’il sente qu’on lui fait confiance, et donc l’adulte doit faire preuve de « lâcher prise ». L’enfant doit pouvoir faire ses propres expériences, sans que la peur de l’adulte (peur qu’il se fasse mal, peur qu’il se salisse, peur qu’il ne casse quelque chose, peur que la maison soit en désordre …) ne l’entrave trop. L’adulte est là pour l’accompagner mais lui laisse prendre des risques (mesurés !). Pour apprendre à marcher, à faire du vélo, … il faut bien lâcher l’enfant, au sens propre ! Sans ce lâcher-prise, son bon développement est même freiné et certains réflexes archaïques bloqués. Emmi Pikler insistait d’ailleurs sur l’importance de la motricité libre : « L’enfant n’a pas besoin de l’adulte pour apprendre à se déplacer, se mettre debout, s’asseoir ou marcher, il y parvient de lui-même. » Et c’est valable pour bien des apprentissages. Lâcher prise, cela signifie aussi laisser le temps à l’enfant. S’il n’est pas prêt à être propre ou à lire, c’est peut-être simplement que ce n’est pas encore le moment, il est contre-productif de lui « mettre la pression » pour qu’il y arrive. 

La promenade Montessori : marcher librement, où on le souhaite, avec la présence rassurante de l’adulte qui veille à la sécurité.

Que faire pour donner confiance à un enfant : 

  • Attention à ne pas dire à son enfant lorsqu’il est sur le point de faire quelque chose : « Oh non, tu ne vas pas y arriver, attends, je vais le faire ! ». Le laisser agir en lui faisant confiance et en lui donnant des conseils si nécessaire et les moyens d’y arriver, comme le faisait Maria Montessori.
  • Utiliser les mots qui réconfortent, qui encouragent : « Tu vas y arriver », « j’ai confiance en toi » … 
  • Afficher dans sa chambre, dans la cuisine, dans les toilettes des petites phrases positives : tu progresses chaque jour ; Fais de ton mieux ; Pense à tout ce que tu sais faire ; Un pas après l’autre ; Je t’aime parce que tu es toi …
  • Attention à ne pas le comparer avec son frère, sa cousine : A ton âge, il savait déjà … Cela est très négatif et décourageant. Par contre on peut comparer avec ce que l’enfant faisait l’année dernière pour souligner ses progrès et insister sur les points positifs : maintenant, tu arrives à lire une phrase tout seul ! 
  • L’aider à faire la liste de tout ce qu’il sait faire, la liste se complétant au fur et à mesure : je sais m’habiller tout seul, faire du vélo avec, puis sans roulettes, faire des crêpes … 
  • On peut également lister toutes les ressources disponibles s’il a besoin d’aide : demander de l’aide à papi pour faire son fameux gâteau au chocolat, à mon grand frère pour m’expliquer les math, à tonton pour bricoler, regarder sur tel site encyclopédique pour les enfants si j’ai une question, consulter mon atlas pour chercher un pays … 
  • Ne pas avoir une exigence excessive qui met une pression sur l’enfant et ne peut que le décourager s’il n’arrive pas à atteindre l’objectif fixé par l’adulte. Lui lancer des défis à sa mesure, juste un cran au-dessus de ce qu’il arrivait à faire jusqu’à présent, pour lui permettre de progresser pas à pas, ce qui est bien plus valorisant et encourageant qu’une trop haute marche que l’on n’arrive pas à franchir. 
  • Encourager l’enfant à progresser encore dans un domaine qu’il aime et qu’il maitrise déjà bien, c’est extrêmement constructif en terme de confiance en soi. 
  • Valoriser les bonnes attitudes, les bonnes idées de l’enfant… « J’ai vu que tu avais aidé un plus petit à monter sur le toboggan, tu peux être fier de toi. », « Super, tu as pensé à mettre tes habits au sale hier soir » … On peut aussi demander des idées à son enfant : « Est-ce que tu aurais des idées de menu pour cette semaine ? » ; « C’est l’anniversaire de papi, tu as une idée de ce qui pourrait lui faire plaisir ? » 
  • Tous les soirs en famille, chacun peut dire une chose qu’il a bien réussi dans la journée et qui le rend content de lui : marquer un but, aider un copain, bien réussir un travail, faire un joli dessin … C’est d’autant plus efficace s’il entend les adultes faire le même exercice : « Je suis content de moi, j’ai bien réussi mon gâteau ». On peut aussi faire cette petite réflexion sous forme d’un journal des réussites en notant le soir deux ou trois phrases sur ce que l’on a bien réussi dans la journée. Un état d’esprit positif et confiant modifie le fonctionnement du cerveau. 
  • Suggérer à l’enfant d’utiliser la méthode Coué qui est une méthode d’autosuggestion avant une épreuve un peu difficile pour lui : « J’ai confiance en moi, je vais y arriver. ». Il est important aussi de fermer les yeux et de visualiser la scène : je suis en classe, mes camarades et la maîtresse m’écoutent, je récite ma poésie sans erreur et tout se passe bien.   
  • Toujours faire le pari que l’enfant va y arriver ! Et si vraiment il n’y arrive pas, trouver ensemble des points positifs et des pistes pour progresser, en insistant sur le fait qu’on apprend toujours de ses erreurs et que c’est le processus normal d’apprentissage. L’encourager à être positif et à se féliciter lui-même pour développer l’estime de soi !
  • Lorsque l’enfant écrit un texte libre, parler avec lui du contenu, de ce qu’il a voulu dire : « Oh j’aime beaucoup cette histoire de pirates, et ce passage était très drôle ! » C’est important de parler du fond plutôt que de la forme, et ne pas souligner par exemple toutes les erreurs d’orthographe, ce qui peut être très décourageant et lui couper l’envie d’écrire. Par la suite, on peut par contre lui proposer de lui écrire son texte proprement et sans faute à l’ordinateur pour le coller sous son texte et mettre en valeur sa production. Il pourra aussi l’illustrer et en faire un petit livre en agrafant les feuilles.
  • Pour prendre en confiance avant d’écrire un texte, de faire un dessin ou un exercice, on a parfois besoin pour se rassurer d’avoir un modèle à recopier ou pour s’en inspirer. On pourra dans un deuxième temps ou progressivement s’en détacher pour créer ou réfléchir plus librement.
  • De même, lorsque l’enfant fait une dictée, il est important de remarquer tous les mots qu’il a écrits correctement, tous les pièges qu’il a su éviter, le « s » au pluriel qui ne lui a pas échappé. Et seulement dans un deuxième temps, on peut voir ensemble les pistes d’amélioration qu’il peut y avoir : « Maintenant on va regarder ensemble les terminaisons des verbes pour essayer de trouver les bonnes. »
  • Faire une activité de type « jeu de peindre » : de nombreux pots de peinture sont à disposition de l’enfant avec gobelets d’eau et pinceaux. La consigne est simple : se laisser aller à peindre, sans réfléchir, sans plan pré-établi, sans avoir pour ambition de faire une œuvre d’art, sans jugement de quiconque. Juste jouer à peindre, laisser aller son pinceau. Les premières fois, on a tendance à dire je ne sais pas quoi faire, c’est moche … Mais après plusieurs séances, on prend confiance, on fait confiance à sa main, on s’abandonne au plaisir des couleurs et du mouvement.  
Le jeu de peindre que nous faisons régulièrement à la maison !

Les neuf types d’intelligence selon Howard Gardner

  • intelligence linguistique : lire, s’exprimer, écrire, dire ce que l’on pense, jouer avec les mots, débattre, apprendre des langues étrangères …
  • intelligence logico-mathématique : manipuler les nombres, résoudre des problèmes, calculer, mesurer, faire preuve de logique, expérimenter, jouer à des jeux de logique
  • intelligence visuo-spatiale : retrouver son chemin, se repérer dans l’espace, se représenter le monde, se créer une image mentale d’objet en 3 dimensions, réaliser une maquette ou un plan, créer des œuvres d’art, dessiner, peindre, photographier … 
  • intelligence intrapersonnelle : avoir conscience de soi, décrypter ses émotions, connaître ses besoins, ses limites et ses désirs, se comprendre, connaître sa façon de réagir, définir des objectifs personnels, faire de l’introspection
  • intelligence interpersonnelle : comprendre les autres, communiquer, anticiper et adapter son comportement à autrui, faire preuve de sensibilité et d’empathie, coopérer, aider, accepter les différences, résoudre des problèmes relationnels, aimer travailler en groupe et partager
  • intelligence corporelle-kinesthésique : contrôler ses mouvements et son corps, s’exprimer physiquement, faire du sport ou de la danse, mimer, aimer bouger, être adroit pour fabriquer un objet, apprendre par la manipulation 
  • intelligence musicale : percevoir et créer des rythmes et des mélodies : jouer d’un instrument, chanter , danser, apprécier la musique écoutée, reconnaître sons et instruments.
  • intelligence naturaliste : être sensible au vivant, comprendre notre environnement et le protéger, observer la nature, reconnaître et classer les animaux, les végétaux et les minéraux, jardiner
  • intelligence existentielle : se questionner sur le sens et l’origine des choses, se donner des règles morales 
Intelligence musicale : Noé à la clarinette

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Prendre confiance, faire ses expériences avec un adulte qui lâche un peu prise !

On apprend pour répondre à un besoin

Besoin de comprendre, besoin de partager, besoin d’échanger

Depuis la nuit des temps, l’être humain s’est développé en cherchant à assouvir quatre besoins vitaux dans sa lutte pour la vie : s’alimenter pour lutter contre la faim, se garantir contre les intempéries pour lutter contre le froid, se défendre pour lutter contre la peur et agir, travailler, se regrouper pour satisfaire son désir d’activité. Ces besoins fondamentaux définis par le pédagogue Ovide Decroly sont à la source de la mise en action de l’homme, de sa volonté d’apprendre et de découvrir de nouvelles connaissances qui vont lui permettre de les assouvir. Mais ces besoins vont au-delà de ces besoins primaires. Nous avons également besoin d’amour, d’acceptation, de confiance, de respect, de réussite, de nous libérer de la peur de nous tromper, de jeu, de culture, de sens, de comprendre, de créer du lien, partager en groupe. Le psychologue américain Maslow établit une pyramide en distinguant différents types de besoins. A la base de cette pyramide, les besoins physiologiques dont nous avons déjà parlé et qu’on retrouve chez Decroly (se nourrir, dormir, se protéger des intempéries …). On trouve ensuite le besoin de sécurité (se protéger des dangers), le besoin d’appartenance (besoin d’appartenir à un groupe : famille, amis, association), le besoin d’estime (confiance, respect, reconnaissance …) et enfin le besoin de s’épanouir (créativité, résoudre des problèmes…)

Chacun d’entre nous, adulte comme enfant, a en lui ce moteur de l’apprentissage qu’est la volonté de combler un besoin. … C’est tout naturellement que l’enfant ressent ce besoin de grandir, d’apprendre, de connaître. 

Firmin essayant de comprendre ce qu’est un coude et comment son bras se plie.

 « Les enseignements de l’école s’inscrivent d’une façon définitive dans notre comportement dans la mesure où ils sont liés à notre vie profonde, où ils répondent à nos besoins impérieux – y compris nos besoins de culture. » Freinet

Freinet expliquait que lorsque nous souhaitons atteindre un but, nous avons besoin d’outils pour y arriver et c’est alors que ce besoin va naturellement conduire à apprendre de nouvelles notions, de nouvelles techniques pour atteindre ce but. L’objectif de l’enseignant est alors de guider les enfants pour qu’ils ressentent ce besoin d’apprendre dans leurs projets.

Maria Montessori démontrait que le jeune enfant était doté d’un esprit absorbant qui lui permettait d’apprendre instinctivement à parler, à marcher … si cela correspondait à une « période sensible » de son développement. Ainsi lorsqu’il est en période sensible de la lecture, il va ressentir le besoin intérieur, l’envie, le désir intense d’acquérir cette nouvelle connaissance et posera des questions sur les lettres, jouera avec le son des mots, essaiera de déchiffrer les mots autour de lui … Il aura alors besoin d’un milieu stimulant.

Avoir envie de savoir lire pour pouvoir déchiffrer les mots autour de soi.

Le jeune enfant a aussi besoin de temps, de moments sans activités prédéfinies, d’espaces vides pour rêver, pour développer son imaginaire, de jeux libres.

Un autre besoin impérieux que l’on voit chez tout humain et particulièrement chez l’enfant, c’est ce besoin de chercher des réponses à des questions profondes et universelles. Qui n’a pas entendu un petit enfant demander : c’est quoi la mort ? Est-ce que l’univers est vraiment infini ? Ca veut dire quoi ? … 

Mais parfois l’enfant ignore ses propres besoins car il a pris l’habitude de se fondre dans la demande de l’adulte. Il peut également avoir honte d’énoncer ses besoins, préférant les taire. 

Comment aider l’enfant à répondre à ses besoins, à en développer la conscience et à les nommer ?

Prendre en autonomie un plateau avec une activité qui répond à ses questionnements du moment.
  • Préparer un environnement où l’enfant peut trouver de quoi assouvir un besoin, comme dans la pédagogie Montessori. Prévoir pour cela des étagères à hauteur d’enfant où il pourra trouver, disposées dans de petits plateaux, diverses activités. Il pourra alors, une fois que l’adulte lui aura présenté et expliqué l’activité, aller chercher tout seul son plateau pour faire et refaire autant de fois qu’il le souhaite cette activité. Ce type de présentation lui permet de choisir l’activité qui correspond au besoin du moment. 
  • Freinet disait souvent : « On ne peut pas faire boire un cheval qui n’a pas soif. » Il faut que l’enfant ressente ce besoin de boire. La tâche de l’adulte va donc être de donner soif à l’enfant, de faire jaillir des sources qui vont lui donner envie de boire. Cela peut être le désir d’apprendre pour répondre à un besoin pratique. Ainsi, de la volonté de correspondre avec un copain va naître le besoin de savoir écrire ; du désir de fabriquer un objet va naître le besoin de savoir utiliser un outil de mesure ; du désir de savoir ce qui est écrit dans ce livre sur son sujet favori, le besoin de savoir lire. 
  • Instaurer des petits moments philo en famille ou avec un groupe d’enfants, mêmes très jeunes. On peut allumer une bougie et proposer une question à débattre. Ce peut être un sujet qui avait l’air d’interroger l’enfant les jours précédents ou tout autre sujet sous forme de questions : penser c’est quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire être heureux ? Est-ce que je suis grand maintenant ? c’est quoi un ami, est-ce qu’on est tous pareils, est-ce qu’on a le droit de tout faire, c’est quoi la mort, etc …Quelques consignes : on parle chacun à son tour avec un bâton de parole, on écoute sans juger et on respecte l’opinion de l’autre, on ne répète pas ce qui a déjà été dit, on prépare dans sa tête ce qu’on veut dire…A tout âge, l’enfant a le besoin et la capacité de construire une pensée et de l’exprimer, si on lui en laisse l’occasion. L’important, c’est que la parole de chacun ait autant d’importance, que l’on ait 4 ans ou que l’on soit adulte !
  • Construire une roue des besoins pour aider l’enfant à identifier et verbaliser le besoin du moment. Fabriquer une roue en carton avec des quartiers colorés, une flèche tenue par une attache parisienne indiquant une case où pourra être écrit : besoin de calme, d’être seul et de m’isoler, de jouer, de parler, besoin que l’on m’aide, que l’adulte me réexplique, qu’un autre me montre comment il a fait, besoin d’une stratégie, besoin de me reposer, de bouger …
  • Laisser l’enfant s’épanouir pleinement dans une passion et tout naturellement les besoins d’apprendre apparaîtront, les apprentissages se faisant alors avec facilité, dans un désir intense de découvrir. La volonté par exemple de correspondre avec un autre enfant va entrainer un besoin : celui de savoir écrire, et cette volonté de savoir écrire pour répondre à un besoin sera un moteur puissant. Alexander Neill disait : « Les créateurs apprennent ce qu’ils veulent apprendre afin d’avoir les outils que leur originalité et leur génie exigent. » Un enfant se passionnant pour le foot va bien sûr développer des compétences et techniques physiques mais il va également s’intéresser aux matchs de la coupe du monde et apprendre facilement les noms des différents pays, il va suivre les scores et points de son équipe favorite … L’adulte peut alors l’accompagner dans sa passion en lui faisant situer sur une carte les pays concernés, dessiner les drapeaux, lire des textes d’un magazine de foot …
Chercher sur une carte car on a besoin de savoir où se trouve le pays dont on a parlé.

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Avoir envie de savoir écrire pour répondre au besoin d’envoyer une lettre.

On apprend bien si l’on n’est pas stressé

Les recherches en neurosciences ont bien démontré les effets délétères du stress sur l’apprentissage. Pour bien comprendre ces mécanismes, il faut savoir qu’il est impossible de séparer les neurones qui ont une fonction cognitive de ceux ayant pour fonction d’engendrer des émotions. Apprentissage et émotions sont donc indissociablement liés. La situation d’apprentissage génère déjà en elle-même une situation de stress. En effet, comme l’a démontré le psychologue Piaget, pour apprendre quelque chose de nouveau, nous devons remettre en question nos connaissances précédentes, nous adapter, accommoder notre façon de penser ce qui entraîne une période de vulnérabilité avant que l’apprentissage ne soit stabilisé. Il est donc très important de ne pas rajouter du stress au stress. En effet, les hormones du stress envahissent notre cerveau et altèrent l’hippocampe qui est le lieu de la mémoire et des apprentissages. Le stress entraîne donc des effets néfastes sur l’attention, la concentration, et la mémorisation.

Au contraire, l’enfant (et l’adulte aussi !) a besoin pour apprendre d’être dans un environnement bienveillant et chaleureux, où l’adulte lui prodigue des marques d’attention, l’encourage, le valorise. Il doit bannir toute pression pour que l’enfant n’ait pas peur de se tromper, de rater, d’avoir une mauvaise note, de se faire gronder. On retrouve dans les pédagogies alternatives l’importance de la sécurité affective dans les apprentissages. Freinet par exemple dénonçait l’accumulation de connaissances au détriment de l’équilibre personnel et de l’harmonie sociale et insistait sur le fait que pour apprendre l’enfant devait se sentir en sécurité. Holt expliquait aussi que les conditions favorables pour apprendre était que l’enfant dispose de temps et de liberté, qu’il éprouve du plaisir et n’ait pas de pression. Il a besoin d’espace pour rêver et développer son imaginaire.

Pour se détendre et évacuer le stress

Faire un câlin à son chat pour se détendre
  • Réaliser des activités de respiration, relaxation ou méditation (voir encadrés suivants)
  • Colorier un mandala 
  • S’installer confortablement avec un bon livre
  • Prendre un bain
  • Sa faire dans sa chambre un petit coin sécurisant cocooning, une petite cabane ou tente avec des couvertures, des coussins
  • Câliner son chat, son chien, aller au contact des animaux
  • Ecouter une musique douce
  • Chanter ! Danser !
  • Rire ! Séance de grimaces, mimes, cache-cache … 
  • Aller dans la nature se promener, écouter le bruit du vent, le chant des oiseaux. Et pourquoi pas au printemps s’installer dehors pour travailler.
  • Aller faire du sport, courir, jouer dehors.
  • Faire une activité artistique, peindre en laissant aller son pinceau
  • Se faire de petits auto-massages des différentes parties du visage, du cou …
  • Le soir, dire chacun son moment préféré de la journée, ce qui nous a le plus intéressé, ce qu’on a appris de nouveau pour se focaliser sur les événements positifs.
  • Prendre un temps pour se féliciter mutuellement pour les efforts, l’entraide ou l’attitude positive de chacun à un moment ou à un autre.
  • Si l’on ressent trop de pression à cause d’un devoir à rendre, d’une surcharge de travail, d’un examen à préparer, prendre un temps pour poser à l’écrit toutes les idées  qui nous viennent en vrac, toutes les choses qui sont à faire. Le fait que ce soit écrit libère déjà un peu de pression, de surcharge cognitive. Il sera temps plus tard de revenir sur ces listes, de reformuler, réorganiser. 
Travailler dans la nature permet de se détendre

Jeux de respiration

  • Lorsque l’on est stressé ou en colère, prendre l’habitude de prendre de grandes respirations pour se calmer
  • Pour apprendre à faire entrer l’air par le nez et sortir par la bouche, faire un mime : je sens l’odeur de la fleur, je souffle sur une bougie pour l’éteindre, je sens la fleur, je souffle la bougie …
  • Pour apprendre à souffler lentement et longtemps : 
    • Souffler dans une flûte ou un sifflet
    • Souffler sur une plume pour la faire voler
    • Souffler sur une balle de ping-pong pour la faire rouler et suivre un petit parcours
    • Souffler dans l’eau avec une paille pour faire des bulles
    • Fabriquer un petit moulin à vent et souffler pour le faire tourner
  • Pour prendre conscience de sa respiration : s’allonger sur le dos et poser ses mains sur son ventre, sur sa poitrine. Observer en respirant profondément sa main monter et descendre.
  • Se déplacer en fonction du rythme de sa respiration. 
  • S’imaginer être un poisson en s’allongeant sur le ventre, les bras le long du corps, jambe jointes. Lever une jambe en inspirant, la reposer en expirant. Faire la même chose avec l’autre jambe puis recommencer.
  • Dessiner en respirant profondément. Quand j’inspire, la courbe que je fais avec mon crayon monte, quand j’expire, elle redescend. On peut, comme le dessin de formes dans la pédagogie Steiner, dessiner lentement des formes comme par exemple un très grand huit allongé (symbole de l’infini) en repassant sans arrêt sur le même trait et en calquant sa respiration sur le mouvement de son bras
Repasser plusieurs fois sur une forme en alliant mouvement et respiration.

Jeux de relaxation ou méditation

  • Contracter très fort les muscles de son visage, puis relâcher, puis faire de même avec une main, une jambe, les différentes parties de son corps en relâchant à chaque fois, et enfin contracter ensemble tous les muscles qu’on peut avant de tout relâcher. On peut s’imaginer être un bonhomme de bois quand on contracte nos muscles et une poupée de chiffon quand on relâche les différentes parties du corps. 
  • S’asseoir en tailleur, les bras formant un triangle au-dessus de la tête. Fermer les yeux en imaginant, visualisant qu’on est une montagne, très solide, immobile
  • Debout, les bras en l’air, imaginer qu’on est un arbre, les pieds sont comme des racines, ancrés dans le sol et un léger vent faisant doucement bouger les bras et les mains qui sont les branches et les feuilles de l’arbre
  • S’asseoir en tailleur puis en fermant les yeux tracer avec son doigt un cercle autour de soi : imaginer une bulle qui nous enveloppe complètement, qui protège, dans laquelle on est tranquille, serein.
  • Dire à l’enfant de s’allonger et fermer les yeux et l’adulte l’aideà se détendre en écoutant une musique douce et en l’effleurant doucement avec un foulard ou en lui faisant des petites pressions sur son visage, ses bras, ses pieds … 
  • Prendre des postures yoga d’animaux comme par exemple la posture de l’abeille. Pomme d’api a fait de jolies fiches sur ce thème, en voici quelques-unes en cliquant ici
Pomme d’Api

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Etre dans la nature pour diminuer le stress