On apprend si notre curiosité est éveillée

Petit Firmin tout étonné ! De l’étonnement naît la curiosité.

Dès le plus jeune âge, l’enfant est en recherche permanente d’apprentissage. Il découvre le monde, s’étonne et apprend sans cesse car il est curieux de tout. Il est attiré par tout ce qui est nouveau pour lui et s’émerveille d’un rayon de lumière, d’un insecte, d’un instrument de musique … Cette curiosité, c’est vraiment la base des apprentissages, le fondement de tout désir d’apprendre.

Mais comment faire pour que cette curiosité infinie, cette appétence pour les apprentissages nouveaux perdurent lorsque l’enfant grandit ? Plusieurs pistes pour cela sont à explorer : 

  • Cultiver cet étonnement initial :

Il faut vraiment garder à l’esprit qu’à la base de toute curiosité, il y a un étonnement, un émerveillement, une émotion. Soyons attentifs lorsque l’enfant s’extasie pour une petite chose, émerveillons-nous avec lui, prenons le temps d’observer, de décrire, de dire ce que nous ressentons, de nous interroger sur le pourquoi et le comment. 

Firmin intrigué par son ombre, prenant le temps de l’observer.
  • Susciter des questions : 

Comme l’explique Célestin Freinet, l’adulte a tendance à fournir des réponses à des questions que ne se pose même pas l’enfant. Or le processus d’apprentissage est alors inversé, si l’enfant ne s’est pas posé la question, sa curiosité n’est pas titillée et les réponses ne le nourriront pas, il n’apprendra pas ou peu. L’objectif pour l’adulte est alors de susciter des questions en s’appuyant sur le désir de savoir et de comprendre. Et lorsque l’enfant pose une question à un adulte, il peut répondre mais de façon assez succincte. Sa curiosité sera alors peut-être stimulée et il posera de nouvelles questions, alors qu’il n’aurait peut-être pas écouté jusqu’au bout une trop longue explication. On peut également suggérer à l’enfant de donner auparavant ses suppositions pour le pousser à réfléchir et à formuler des hypothèses. 

Noé s’interrogeant sur la décomposition de la lumière, observant l’arc-en-ciel qu’a fait naître le CD.
  • Stimuler cette curiosité

Ces questions peuvent être favorisées en créant un climat stimulant et propice aux échanges et aux questionnements. Chaque situation peut être le point de départ d’incitations permanentes : une visite, une discussion, une rencontre, un fait d’actualité, une observation dans la nature … A partir de ces éléments, l’adulte peut ouvrir des pistes ou relancer l’intérêt. 

Baptiste qui suscite la curiosité de son petit frère Noé, observant ensemble une fleur ou un insecte, se posant des questions.
  • S’appuyer sur des connaissances antérieures :

L’apprentissage est une recherche permanente. Il se construit en s’appuyant sur un tiers de certitude mais aussi sur deux tiers d’incertitude, de nouveauté. Pour pouvoir s’intéresser à un sujet, il est donc nécessaire d’avoir des connaissances de départ. Par exemple, je ne pourrai pas lire un article scientifique extrêmement pointu si je n’ai pas les bases dans ce domaine. Le texte sera totalement abscons pour moi et je m’en désintéresserai vite. Inversement, si je lis un texte très simple sur un sujet que je connais bien et qui ne m’apprend rien, je m’en désintéresserai également. C’est donc ce décalage entre ce que nous savons et ce que nous ignorons qui va nous pousser à chercher, à nous questionner, à trouver des réponses et va aiguiser notre curiosité. Pour Ovide Decroly, la curiosité et l’intérêt sont les deux faces d’un même phénomène. C’est l’intérêt pour un sujet (et donc une certaine connaissance de ce sujet) qui va conduire à être curieux d’en savoir plus, à se poser des questions, à chercher à comprendre ou à mieux connaitre. La curiosité, c’est l’attitude qui va permettre de satisfaire un besoin, un intérêt. Freinet créait donc des situations d’apprentissage où les connaissances étaient réorganisées afin d’intégrer des éléments nouveaux qui relançaient la curiosité.

Rémi, Baptiste et Lison au Louvre, discutant autour des tableaux d’Arcimboldo. Ils connaissaient déjà le tableau de l’été avec les fruits et légumes et découvrent les autres, très intéressés !
  • Rendre actif : 

Si nous sommes simplement observateurs sans être acteurs, notre curiosité ne sera pas suffisamment nourrie et risque de s’étioler. Célestin Freinet conseillait donc de stimuler l’activité des enfants, de créer des situations éveillant leur curiosité mais en les incitant à intervenir par eux-mêmes, à agir. Si l’on est passionné par l’espace, on va être curieux des réponses qu’on va nous donner, des livres qu’on va consulter, des vidéos que l’on va regarder mais l’on va être enthousiaste à l’idée de fabriquer par exemple une maquette du système solaire ou de concevoir des panneaux pour expliquer ses découvertes lors d’un exposé. Cette curiosité dans l’action va susciter imagination et créativité. 

Noé qui fabrique un volcan en terre glaise et va ensuite réaliser une éruption .
  • Approfondir : 

Assouvir une curiosité, c’est aussi avoir la possibilité d’approfondir une question. Pour cela, la question du temps est primordiale.  Si l’enfant s’est intéressé à un sujet, à l’école par exemple, et qu’il pose de nouvelles questions ou apporte de nouveaux documents, il est nécessaire de prendre ce temps avec lui, même si ce n’est plus le thème du moment … Il est important au contraire de valoriser cette volonté d’approfondir, de l’aider à élargir son questionnement en lui proposant suffisamment de matière à penser, que les livres, vidéos, visites, échanges, activités soient nourrissantes. Ces idées de richesse des contenus, de sollicitation de l’intelligence sont extrêmement importantes dans la pédagogie Charlotte Mason. 

Baptiste, après avoir visité plusieurs musées, s’est fabriqué un cahier d’artistes en recherchant quelques éléments de biographie et des oeuvres emblématiques des artistes qu’il a pu découvrir dans les musées.

Quelques idées d’activités pour éveiller la curiosité

  • Mettre en place un cahier de questions. Dès que l’enfant se pose une question ( Comment les dinosaures ont disparu ? Et à quoi ça sert les pyramides en Egypte ? Et c’est où l’Ukraine ? Pourquoi mon sang il est rouge ? et…), lui proposer de l’écrire (ou l’écrire à sa place, selon l’âge) dans ce cahier de questions. Lorsqu’il aura un peu de temps, il pourra faire des recherches ( là aussi avec l’aide adaptée selon l’âge) et ensuite partager à sa famille ou à ses camarades ce qu’il aura appris. 
  • Etablir une correspondance avec un autre enfant. Il pourra ainsi partager ses centres d’intérêt et découvrir ceux d’une autre personne, ce qui pourra éveiller sa curiosité. De manière générale, le partage, l’échange avec d’autres peut ouvrir des horizons. Il apprendra un peu grâce à l’autre, ce qui peut ensuite donner envie d’en savoir plus.
  • Profiter de la passion de l’enfant pour un domaine, par exemple les dinosaures, pour mettre à sa disposition quelques livres ( documentaires ou de fiction)sur le sujet, lui faire visiter un musée, lui proposer de partir à la recherche de fossiles… 
  • Lorsqu’un enfant est très intéressé par un sujet, ne pas hésiter à introduire un peu de nouveauté pour l’ouvrir sur autre chose. S’il est passionné de mythologie grecque, on peut également lui raconter une légende de la mythologie nordique. S’il adore les chevaux, on peut lui parler des tournois de chevaliers, puis à partir de là du Moyen-Age. 
  • Montrer l’exemple : lors d’une promenade, émerveillez-vous de la beauté du papillon, photographiez des empreintes d’animaux ou des troncs d’arbre pour ensuite chercher de quoi il s’agit, …
  • Laisser du temps libre à l’enfant pour qu’il ait le temps de rêver, de se poser des questions, de feuilleter des livres …  Si l’enfant est surchargé d’activités, il n’aura pas l’espace pour laisser sa curiosité naturelle se poser sur tel ou tel sujet. Laisser en libre accès des caisses ou bibliothèque avec des livres sur différents sujets, qu’il aura peut-être envie de regarder s’il s’ennuie un peu !
  • Afficher des outils qui permettent rapidement de répondre à une interrogation : une carte du monde (chez nous, c’est dans la cuisine), une frise historique, un poster pour reconnaitre les oiseaux près de la fenêtre où l’on peut les observer … Ces ressources deviendront une habitude pour vos enfants quand ils auront une question. 
  • Explorer son environnement proche (ou plus lointain lors de voyages). S’arrêter pour observer des ouvriers sur un chantier, une moissonneuse dans un champ, la forme des nuages … Ces observations pourront stimuler la curiosité des enfants qui poseront sans doute des questions. Et si ce n’est pas le cas, l’adulte pourra lui aussi s’interroger à haute voix : je me demande pourquoi il y a des traits blancs dans le ciel … Chacun ira de son hypothèse que l’on pourra par la suite confirmer ou infirmer après recherche. Et lors d’un voyage dans une autre région ou un autre pays, on pourra découvrir des spécialités culinaires, des architectures différentes, essayer de comprendre les règles de ce sport inconnu …
  • Proposer de temps en temps que chaque personne de la famille (ou que chaque élève de la classe) présente un objet qu’il aime ou qui l’intéresse en expliquant pourquoi. Ces échanges peuvent faire naître de nouveaux intérêts. On pourra aussi présenter un livre qu’on a aimé, une musique qui nous plaît, un sport qui nous a intéressés, une découverte qu’on a faite et qu’on veut partager. 
Notre carte du monde accroché dans la cuisine servant très souvent de point de repère lors des discussions à table : un pays évoqué lorsque l’on parle d’actualité (Ukraine par exemple), de sport (jeux olympiques, matchs de foot), de voyages, d’un sujet évoqué en classe, d’un pays rencontré lors dune lecture ou d’un film … Sur cette photo, Noé replace nos cartes de nomenclature des peuples du monde au bon endroit.

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Baptiste dans la rivière avec son épuisette en train de chercher des insectes ou des larves pour mieux les observer ensuite.

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