La pédagogie de la mouche

Aujourd’hui, ce n’est pas une activité de mes enfants que je vous partage, mais un petit livre que je viens de finir et notamment son texte introductif que je trouve délectable ! Il s’agit aux éditions l’Instant Présent de la pédagogie de la mouche de Bernard Collot, un instit qui parle aussi dans d’autres ouvrages d’une école du troisième type !

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Voici donc son texte :

 

« En ce début d’année scolaire, à plusieurs reprises, on m’a demandé : » Mais qu’est-ce donc cette soi-disante pédagogie de la structure et de la communication ? Et comment tu fais ? ».

La question piège ! Je ne sais pas très bien comment je fais ! et pourtant, au fur et à mesure que les années passent, je sais bien que je ne fais pas n’importe quoi, je commence même par en être sûr !

Qu’est-ce qui détermine chacun de nos actes pédagogiques, tout au moins les miens ? Alors, en cette belle journée de pré-rentrée, par la fenêtre ouverte, bzzzzzz …. j’ai découvert que j’essayais d’organiser ma classe suivant la pédagogie … de la mouche !
Et c’est assez simple, il suffit …. ou plutôt il faut …


Il faut qu’une mouche puisse rentrer dans la classe, éventuellement se poser sur une vitre .


Il faut qu’un enfant puisse éventuellement voir la mouche, éventuellement la regarder .


Il faut qu’il puisse, éventuellement, s’en approcher , poser son menton sur sa main et partir sur son dos à travers des nuages verts ou roses.


Il faut qu’il puisse, éventuellement, parler à la mouche, lui chanter une chanson … ou aller chanter la chanson de la mouche au magnétophone, aller à l’atelier peinture peindre le voyage avec la mouche… ou, dans un coin tranquille , écrire un poème de mouche  et pourquoi pas, écrire à la mouche.

Il faut qu’il puisse, éventuellement, attraper la mouche, la mettre dans une boîte et la cacher dans son bureau … ou lui arracher une aile pour voir si une mouche avec une aile, ça vole.


Il faut qu’il puisse, éventuellement, amener sa mouche jusqu’au lavabo, boucher le lavabo et la poser sur l’eau pour voir si les mouches, ça nage.


Il faut, qu’en route, il puisse, éventuellement, croiser une petite copine ou un petit copain , que celle-ci ou celui-là puisse, éventuellement, mettre une brindille dans le lavabo pour voir comment on peut sauver des mouches de la noyade.


Il faut qu’il puisse, éventuellement, emmener sa mouche à l’atelier sciences pour la regarder avec une loupe, y rencontrer une autre copine qui aura peut-être l’idée de regarder des yeux de mouche au microscope, y trouver dans un fichier une fiche qui aide à mieux regarder les mouches, y arrêter un copain pour qu’il lui lise le mot qu’il ne comprend pas, dessiner des yeux de mouche, des pattes de mouche dans le classeur de l’atelier , aller jusqu’à la bibliothèque trouver dans l’encyclopédie des mouches bleues, des mouches tsé-tsé, ou, dans les livres de poésies, des mouches roses ou des mouches du coche.


Il faut qu’il puisse, éventuellement, cacher sa mouche, dans une boite d’allumettes pour la mettre dans son bureau et lui parler quand il veut… ou rencontrer le maître qui pourrait, peut-être, l’aider à installer une belle maison de mouche dans le vieux vivarium oublié dans un placard depuis qu’il avait hébergé une colonie de grillons .


Il faut que l’enfant puisse, éventuellement, parler de sa mouche à ses copains au cours de la réunion,

…où, peut-être, certains lui parleront aussi de l’araignée qu’ils savent tapie derrière l’armoire,

… où, peut-être, d’autres lui demanderont de voir sa mouche,

…où, peut-être, d’autres lui proposeront d’élever des mouches et de construire un grand élevage de mouches,

…où, peut-être, d’autres lui signaleront, qu’un jour, un autre, d’une autre école, avait fait dans son journal un grand article ou un petit poème sur les mouches…. il faudra qu’il puisse, éventuellement, retrouver ce journal, peut-être écrire à l’autre copain des mouches, …..


Il faut, éventuellement, qu’un autre puisse lui dire qu’une mouche peut avoir mal quand on lui arrache une patte, que d’autres puissent, peut-être, assister et participer à la discussion sur les pauvres mouches, peut-être l’enregistrer, envoyer le débat sur la torture des mouches à d’autres, recevoir leur avis .


Il faut, éventuellement, qu’il puisse aller s’installer dans un coin, et, délicatement sur une page de cahier, inventer les pattes de mouche.


Il faut qu’un autre enfant, éventuellement, puisse lui proposer d’aller dehors inventer le jeu de la mouche… ou  bien qu’ils puissent aller tous les deux à l’atelier son enregistrer la mouche … ou chanter la mouche. Qu’ils puissent inventer la musique de la mouche, la danse de la mouche, la fête de la mouche .


Il faut qu’il puisse, éventuellement, dire à d’autres enfants d’autres écoles que sa mouche a d’extraordinaires yeux bleus, ou un beau nez en trompette … et, peut-être, former une équipe de chercheurs sur les mouches .


Il faut qu’il puisse, éventuellement, sans rien dire à personne, relâcher la mouche ….

Mais peut-être que l’enfant écrasera la mouche sur la vitre, ou s’en ira-t-elle par la fenêtre, déçue d’être sans intérêt ce jour dans la fourmilière de la classe ! » Bernard Collot

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4 réflexions au sujet de « La pédagogie de la mouche »

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