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On apprend pour répondre à un besoin

Besoin de comprendre, besoin de partager, besoin d’échanger

Depuis la nuit des temps, l’être humain s’est développé en cherchant à assouvir quatre besoins vitaux dans sa lutte pour la vie : s’alimenter pour lutter contre la faim, se garantir contre les intempéries pour lutter contre le froid, se défendre pour lutter contre la peur et agir, travailler, se regrouper pour satisfaire son désir d’activité. Ces besoins fondamentaux définis par le pédagogue Ovide Decroly sont à la source de la mise en action de l’homme, de sa volonté d’apprendre et de découvrir de nouvelles connaissances qui vont lui permettre de les assouvir. Mais ces besoins vont au-delà de ces besoins primaires. Nous avons également besoin d’amour, d’acceptation, de confiance, de respect, de réussite, de nous libérer de la peur de nous tromper, de jeu, de culture, de sens, de comprendre, de créer du lien, partager en groupe. Le psychologue américain Maslow établit une pyramide en distinguant différents types de besoins. A la base de cette pyramide, les besoins physiologiques dont nous avons déjà parlé et qu’on retrouve chez Decroly (se nourrir, dormir, se protéger des intempéries …). On trouve ensuite le besoin de sécurité (se protéger des dangers), le besoin d’appartenance (besoin d’appartenir à un groupe : famille, amis, association), le besoin d’estime (confiance, respect, reconnaissance …) et enfin le besoin de s’épanouir (créativité, résoudre des problèmes…)

Chacun d’entre nous, adulte comme enfant, a en lui ce moteur de l’apprentissage qu’est la volonté de combler un besoin. … C’est tout naturellement que l’enfant ressent ce besoin de grandir, d’apprendre, de connaître. 

Firmin essayant de comprendre ce qu’est un coude et comment son bras se plie.

 « Les enseignements de l’école s’inscrivent d’une façon définitive dans notre comportement dans la mesure où ils sont liés à notre vie profonde, où ils répondent à nos besoins impérieux – y compris nos besoins de culture. » Freinet

Freinet expliquait que lorsque nous souhaitons atteindre un but, nous avons besoin d’outils pour y arriver et c’est alors que ce besoin va naturellement conduire à apprendre de nouvelles notions, de nouvelles techniques pour atteindre ce but. L’objectif de l’enseignant est alors de guider les enfants pour qu’ils ressentent ce besoin d’apprendre dans leurs projets.

Maria Montessori démontrait que le jeune enfant était doté d’un esprit absorbant qui lui permettait d’apprendre instinctivement à parler, à marcher … si cela correspondait à une « période sensible » de son développement. Ainsi lorsqu’il est en période sensible de la lecture, il va ressentir le besoin intérieur, l’envie, le désir intense d’acquérir cette nouvelle connaissance et posera des questions sur les lettres, jouera avec le son des mots, essaiera de déchiffrer les mots autour de lui … Il aura alors besoin d’un milieu stimulant.

Avoir envie de savoir lire pour pouvoir déchiffrer les mots autour de soi.

Le jeune enfant a aussi besoin de temps, de moments sans activités prédéfinies, d’espaces vides pour rêver, pour développer son imaginaire, de jeux libres.

Un autre besoin impérieux que l’on voit chez tout humain et particulièrement chez l’enfant, c’est ce besoin de chercher des réponses à des questions profondes et universelles. Qui n’a pas entendu un petit enfant demander : c’est quoi la mort ? Est-ce que l’univers est vraiment infini ? Ca veut dire quoi ? … 

Mais parfois l’enfant ignore ses propres besoins car il a pris l’habitude de se fondre dans la demande de l’adulte. Il peut également avoir honte d’énoncer ses besoins, préférant les taire. 

Comment aider l’enfant à répondre à ses besoins, à en développer la conscience et à les nommer ?

Prendre en autonomie un plateau avec une activité qui répond à ses questionnements du moment.
  • Préparer un environnement où l’enfant peut trouver de quoi assouvir un besoin, comme dans la pédagogie Montessori. Prévoir pour cela des étagères à hauteur d’enfant où il pourra trouver, disposées dans de petits plateaux, diverses activités. Il pourra alors, une fois que l’adulte lui aura présenté et expliqué l’activité, aller chercher tout seul son plateau pour faire et refaire autant de fois qu’il le souhaite cette activité. Ce type de présentation lui permet de choisir l’activité qui correspond au besoin du moment. 
  • Freinet disait souvent : « On ne peut pas faire boire un cheval qui n’a pas soif. » Il faut que l’enfant ressente ce besoin de boire. La tâche de l’adulte va donc être de donner soif à l’enfant, de faire jaillir des sources qui vont lui donner envie de boire. Cela peut être le désir d’apprendre pour répondre à un besoin pratique. Ainsi, de la volonté de correspondre avec un copain va naître le besoin de savoir écrire ; du désir de fabriquer un objet va naître le besoin de savoir utiliser un outil de mesure ; du désir de savoir ce qui est écrit dans ce livre sur son sujet favori, le besoin de savoir lire. 
  • Instaurer des petits moments philo en famille ou avec un groupe d’enfants, mêmes très jeunes. On peut allumer une bougie et proposer une question à débattre. Ce peut être un sujet qui avait l’air d’interroger l’enfant les jours précédents ou tout autre sujet sous forme de questions : penser c’est quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire être heureux ? Est-ce que je suis grand maintenant ? c’est quoi un ami, est-ce qu’on est tous pareils, est-ce qu’on a le droit de tout faire, c’est quoi la mort, etc …Quelques consignes : on parle chacun à son tour avec un bâton de parole, on écoute sans juger et on respecte l’opinion de l’autre, on ne répète pas ce qui a déjà été dit, on prépare dans sa tête ce qu’on veut dire…A tout âge, l’enfant a le besoin et la capacité de construire une pensée et de l’exprimer, si on lui en laisse l’occasion. L’important, c’est que la parole de chacun ait autant d’importance, que l’on ait 4 ans ou que l’on soit adulte !
  • Construire une roue des besoins pour aider l’enfant à identifier et verbaliser le besoin du moment. Fabriquer une roue en carton avec des quartiers colorés, une flèche tenue par une attache parisienne indiquant une case où pourra être écrit : besoin de calme, d’être seul et de m’isoler, de jouer, de parler, besoin que l’on m’aide, que l’adulte me réexplique, qu’un autre me montre comment il a fait, besoin d’une stratégie, besoin de me reposer, de bouger …
  • Laisser l’enfant s’épanouir pleinement dans une passion et tout naturellement les besoins d’apprendre apparaîtront, les apprentissages se faisant alors avec facilité, dans un désir intense de découvrir. La volonté par exemple de correspondre avec un autre enfant va entrainer un besoin : celui de savoir écrire, et cette volonté de savoir écrire pour répondre à un besoin sera un moteur puissant. Alexander Neill disait : « Les créateurs apprennent ce qu’ils veulent apprendre afin d’avoir les outils que leur originalité et leur génie exigent. » Un enfant se passionnant pour le foot va bien sûr développer des compétences et techniques physiques mais il va également s’intéresser aux matchs de la coupe du monde et apprendre facilement les noms des différents pays, il va suivre les scores et points de son équipe favorite … L’adulte peut alors l’accompagner dans sa passion en lui faisant situer sur une carte les pays concernés, dessiner les drapeaux, lire des textes d’un magazine de foot …
Chercher sur une carte car on a besoin de savoir où se trouve le pays dont on a parlé.

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Avoir envie de savoir écrire pour répondre au besoin d’envoyer une lettre.